
Ce mercredi, le président hongrois reçoit les représentants des trois partis entrés au Parlement après le scrutin de dimanche. Le vainqueur des élections, Péter Magyar, a profité d’une interview sur la télévision publique pour transformer l’antenne en tribune politique — et y lancer un ultimatum.
Magyar a accusé sans détour le service public d’être « un organe de propagande » au service de Viktor Orbán. Il a ironisé sur le contraste : Orbán applaudi des centaines de fois à l’écran, lui presque jamais invité. « C’était prévu dans notre programme, et nous avons reçu l’autorisation du peuple hongrois, donc cela sera mis en œuvre », a-t-il déclaré, annonçant la suspension temporaire des services d’information des médias publics. « Ces médias propagandistes ont causé un dommage incroyable à l’âme du peuple hongrois et ont infusé la peur », a-t-il ajouté.
Péter Magyar a annoncé une loi des médias et une refonte des organes de régulation, expliquant qu’il disposera d’une majorité suffisante pour mener ces réformes sans négocier avec l’extrême droite qui a soutenu Orbán. Il promet aussi des poursuites institutionnelles : enquêtes sur le patrimoine des députés sortants et création d’un nouveau bureau anticorruption. Selon lui, des photos et des vidéos prouvent que des documents ont été détruits dans plusieurs ministères dès la confirmation de la défaite d’Orbán.
Ce mercredi, le président hongrois reçoit les représentants des trois partis entrés au Parlement. Péter Magyar a annoncé qu’il suspendrait temporairement les services d’information des médias publics.
La tâche est cependant délicate. Le futur Premier ministre a déclaré vouloir « représenter les intérêts hongrois à Bruxelles, Moscou et Washington », formule qui résume le défi : reconquérir la confiance de l’Union européenne sans rompre complètement avec des partenaires comme Donald Trump et Vladimir Poutine, anciens alliés d’Orbán. Ces derniers jours, l’ancien président américain a atténué son soutien inconditionnel à Orbán et a qualifié Magyar « d’homme bien » qui « va faire du bon travail ».
Sur le plan intérieur, la ligne adoptée par Magyar est frontale : neutraliser ce qu’il qualifie de machines de propagande, nettoyer les affaires publiques et briser les réseaux d’influence accumulés sous Orbán. À l’extérieur, il devra ménager des équilibres diplomatiques fragiles pour éviter que Budapest ne se retrouve isolé à Bruxelles tout en préservant des canaux ouverts à Moscou et à Washington.
Le ton est donné : l’ère Orbán, telle qu’elle s’est exprimée à l’antenne publique, est mise en accusation. Reste à voir si le nouvel exécutif transformera ces annonces en lois et enquêtes tangibles — et comment l’Europe et les puissances étrangères réagiront à une Hongrie qui veut se réinventer sans rompre ses anciennes amitiés.