
Une querelle publique s’est installée entre la mairesse de Gatineau, Maude Marquis‑Bissonnette, et le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, après des propos du ministre laissant entendre que la Ville « ne s’occupe peut‑être pas autant de l’est qu’elle le devrait ». Cette joute verbale oppose désormais deux discours qui se rejoignent sur l’objectif mais divergent sur les moyens.
En campagne pour la cheffe présumée de la CAQ, Christine Fréchette, Mathieu Lacombe a été invité à commenter les dossiers chauds de la région; il a notamment fait référence à une décision financière majeure. En effet, la Société de transport de l'Outaouais a annoncé que Québec compte lui retirer 205 millions $ au cours des cinq prochaines années, mais le ministre a dit ne pas avoir de raison de croire que le financement fera défaut pour le tramway et le prolongement du Rapibus vers l’est.
Cependant, il a ajouté une pique à l’adresse de l’administration municipale en jugeant que l’est de Gatineau réclame encore des investissements, ce qui a attisé la réponse de l’hôtel de ville.
Au micro de l’émission Les matins d’ici, la mairesse n’a pas laissé passer l’allusion : elle a renvoyé la balle en citant plusieurs chantiers où, selon elle, la Ville joue déjà un rôle d’« facilitatrice ». Ainsi, elle a rappelé l’implication municipale pour l’autoroute 50, le pont Alonzo‑Wright, l’aréna deux glaces et le Rapibus, pour montrer que l’effort local est tangible, même si l’aide provinciale n’est pas encore acquise.
Pour illustrer son point, la mairesse a pris l’exemple du projet de l’aréna deux glaces dans l’est de Gatineau : « Dès le début de notre mandat, on s’est engagés pour ce projet. Jusqu’ici, le gouvernement du Québec n’a pas accepté de le subventionner. La Ville, la commission scolaire et les partenaires locaux sont mobilisés. » De fait, elle a voulu montrer que la volonté existe, mais qu’elle bute sur l’absence de soutien financier public.
La mairesse a ensuite été plus directe sur l’état des coffres : « Moi, très clairement, je peux vous le dire : la Société de transport de l’Outaouais n’a pas l’argent pour mener à bien ces projets‑là. » Ce constat résonne avec l’inquiétude du caucus des élus de Gatineau ensemble, qui a demandé par écrit à la mairesse et aux ministres Mathieu Lacombe et Jonatan Julien de « donner l’heure juste, chiffres à l’appui, sur le financement du transport collectif à Gatineau. »
Leur argument est limpide : on ne peut pas à la fois affirmer que la Ville ne fait pas assez pour l’est et refuser de garantir les sommes nécessaires à une expansion majeure du Rapibus. « Sans appui prévisible et récurrent de Québec, la STO ne peut pas porter seule une expansion majeure dans le contexte budgétaire actuel », écrivent‑ils, soulignant le risque d’un élargissement qui resterait à l’état de projet.
La tension est nette, mais les réponses restent floues : Radio‑Canada a contacté plusieurs anciens élus de Gatineau pour recueillir leur réaction, et leurs commentaires n’ont fait qu’ajouter aux interrogations sur qui, exactement, paiera la facture des grands projets. En somme, le débat révèle moins un désaccord sur l’importance des projets que sur la répartition des responsabilités financières.
Répété par plusieurs acteurs, le fait demeure : la Société de transport de l’Outaouais a indiqué que Québec compte lui retirer 205 millions $ au cours des cinq prochaines années, une annonce qui pèse lourdement sur les perspectives d’expansion du réseau.
Au bout du compte, la dispute tourne moins autour d’un manque d’intention que d’une absence de chiffres et d’engagements fermes — et c’est précisément ce vide qui condamne les beaux discours à rester des promesses. Néanmoins, tant que Québec et la Ville ne poseront pas des jalons budgétaires clairs, les projets structurants pour l’est de Gatineau risquent de stagner entre volontés politiques et réalités financières.
Cette querelle publique, vive mais révélatrice, invite maintenant à une clarification factuelle et à des engagements mesurables afin que les promesses se transforment enfin en chantiers concrets.