
Avec l’augmentation des températures, le cobogó, un type de moucharabieh brésilien en béton, pourrait bien avoir un avenir à Toulouse. C’est le défi qu’a relevé Anaïs Magnabal, lauréate du prix 2025 de l’œuvre originale réalisée par une femme architecte, décerné par l’Association pour la recherche sur la ville et l’habitat (Arvha).
Ce prix récompense un projet ambitieux mené pendant six ans dans un quartier résidentiel de la Ville rose. Anaïs, originaire d’Albi, a collaboré avec son père artisan maçon-plâtrier pour acquérir un bien, alliant son premier achat à un investissement familial.
La parcelle comprend une toulousaine abandonnée et un terrain délaissé, offrant ainsi la possibilité de construire deux bâtiments. Cependant, le projet comporte plusieurs contraintes, comme l'explique Anaïs, diplômée de l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse (Ensat) en 2014. Elle se demande comment intégrer une maison individuelle neuve à côté d’une toulousaine du XIXe siècle.
Les chambres à l’étage, orientées sud-est, font face à un vis-à-vis élevé, ce qui complique la conception. Pour surmonter ces défis, Anaïs propose d'utiliser le cobogó, des modules préfabriqués qui permettent de construire des murs offrant une ventilation constante.
Elle s'inspire de l'artiste brésilien Athos Bulcão, qui a travaillé avec le célèbre Oscar Niemeyer, en reproduisant un motif en le faisant pivoter. Au départ, Anaïs envisageait d'utiliser des briques foraines, mais elle se rend vite compte qu'il lui en faudrait trop. Elle opte alors pour des modules plus grands, mesurant 30 cm par 30 cm, facilitant ainsi leur mise en œuvre.
Afin de réaliser ces modules, elle se procure des moules au Brésil grâce à des contacts établis durant son année d'étude en Argentine. Avec l'aide de son père, elle effectue des tests de solidité et de colorimétrie pendant deux ans pour s'assurer que le projet s'intègre harmonieusement dans l'environnement bâti.
Durant dix mois, l'architecte fabrique 400 modules de béton teinté dans la masse, qui constitueront la deuxième peau de la façade de sa maison Cob. Anaïs souligne que l'espace est baigné d'une lumière légèrement colorée par le béton teinté, ce qui interroge souvent les visiteurs sur la luminosité.
Concernant l'aspect thermique, le moucharabieh en cobogó crée de l'ombre, rafraîchissant ainsi les chambres. Anaïs mène également une thèse en architecture et thermique, en collaboration avec le laboratoire de recherche de l'Ensat et l’Insa Toulouse, pour mesurer les effets de son projet.
Son objectif est d'approfondir ses connaissances et de travailler à la possibilité d'appliquer ces concepts sur des bâtiments plus importants. Anaïs explique que « c’est la masse qui crée l’inertie », ce qui a un intérêt thermique et architectural. Elle note que la perception de la façade change considérablement entre le jour et la nuit.
Avec ce prix, Anaïs Magnabal espère également gagner en visibilité et se démarquer par son approche innovante sur les marchés publics. Son projet témoigne d'une volonté d'intégrer des solutions durables et esthétiques dans l'architecture contemporaine.
En somme, le projet d’Anaïs Magnabal avec le cobogó à Toulouse représente une innovation prometteuse face aux défis climatiques actuels. En alliant tradition et modernité, elle ouvre la voie à de nouvelles possibilités architecturales, tout en mettant en avant l'importance de l'intégration dans l'environnement bâti.