
À moins de trois semaines du premier tour des municipales à Paris, la campagne a livré un petit geste ironique devenu viral : lors de la présentation d’une liste le 24 février, la porte-parole Sophia Chikirou a placé en dernière position un militant connu, Jean‑Marc Schiappa, historien spécialiste de la Révolution française et ancien trotskiste.
Dans la même période, on remarque un contraste saisissant : la fille de Jean‑Marc figure elle aussi sur une liste concurrente, en sixième place. Sur la liste Horizons‑Renaissance menée par Pierre‑Yves Bournazel, Marlène Schiappa incarne une trajectoire politique opposée à celle de son père.
Le clivage familial n’est pas nouveau et s’est déjà exprimé publiquement : en 2018, alors que Marlène occupait le poste de secrétaire d’État chargée de l’égalité, Jean‑Marc avait publié sur Facebook un message critique après qu’elle eut cité une phrase attribuée à Karl Marx pour répondre à la célèbre remarque d’Emmanuel Macron sur "le pognon de dingue" des aides sociales. Ainsi, leurs divergences idéologiques se sont parfois transformées en échanges observés par un public élargi.
À 70 ans et coresponsable du département d’Histoire à l’Institut La Boétie, Jean‑Marc Schiappa est resté discret et n’a pas souhaité commenter sa présence sur la liste insoumise, préférant laisser la scène politique parler d’elle‑même. Ce choix de réserve contraste avec la visibilité accrue de sa fille sur une autre liste.
Sa fille, Marlène, assume le désaccord et le replace dans un cadre simple et démocratique : "Heureusement, en démocratie, les filles ne sont pas obligées de voter comme leur père (et vice versa) et j’ai construit mes propres idées et ma propre trajectoire politique. Je n’ai hérité de rien", dit‑elle, ajoutant : "Nous sommes en désaccord politique […], ce qui ne nous empêche pas de nous retrouver en famille pour débattre de politique ou de tout autre chose !"
Cette scène illustre autrement ce que la campagne tente d’expliquer par affiches et programmes : la politique peut traverser les familles sans les briser, devenant parfois un épisode public d’une histoire commune, plutôt qu’un point de rupture irréversible.
En somme, entre ironie électorale et débats de salon, l’affaire Schiappa rappelle qu’un nom partagé ne verrouille ni les convictions ni les liens familiaux.