BUENODIA

Les Mayas lisaient-ils l’avenir dans les étoiles ?

Astronome maya observant le ciel étoilé depuis un temple, avec constellations et lune en arrière-plan

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Quand les mayas mesuraient les trajectoires célestes avant l’Europe

Mille ans avant que l’Europe ne se plonge dans l’algèbre, des observateurs mayas calculaien­t déjà des trajectoires planétaires et prédisaient les éclipses avec une précision troublante. Sans télescope ni calculatrice, ils ont bâti une science des cieux fondée sur l’observation patientée, des temples orientés vers les astres et des calendriers qui coordonnaient rituels, agriculture et pouvoir.

Cités étendues et pyramides alignées sur les astres

Les cités mayas s’étendaient sur les territoires des actuels Mexique, Guatemala, Belize, Honduras et Salvador. À Chichén Itzá, la pyramide El Castillo devient, aux équinoxes, l’échelle d’un dieu : les jeux d’ombre dessinent une colonne sinueuse qui évoque le serpent Kukulkan descendant les marches.

Un phénomène comparable se manifeste à El Tajín. Ces effets ne sont pas de simples spectacles architecturaux ; ils témoignent d’une culture qui savait synchroniser alignements, mouvements solaires et calculs calendaires.

Les codex : survivants et témoins d’un savoir

Le plus tangible de ces savoirs nous est parvenu sous la forme de codex — petits traités, souvent astronomiques, tracés sur de longues bandes pliées. Le plus célèbre de tous est le codex de Dresde, un manuscrit couvert de glyphes serrés, de colonnes de chiffres et de divinités codifiées.

Sa survie est presque un miracle : issu du Yucatán, il a traversé l’Atlantique au lendemain de la conquête puis circulé en Europe avant d’aboutir en mains privées. En 1739, Johann Christian Götze, directeur de la bibliothèque royale, l’achète à un propriétaire qui le jugeait « incompréhensible et sans valeur » — ignorance dramatiquement coûteuse, puisque le codex s’avère l’un des traités astronomiques les plus sophistiqués jamais produits. Le codex de Dresde est conservé à Dresde.

Compter en base 20 et repérer Mars

Pour lire ces pages, il faut d’abord apprendre à compter autrement. Les Mayas utilisaient la base 20 : un point vaut une unité, une barre vaut cinq unités, et le coquillage symbolise le zéro — un concept que l’Europe n’adoptera qu’au XIe siècle.

Sur la page du codex dédiée à Mars, une suite de nombres intrigue toujours : 78, 156, 234, 312, 39. Ces chiffres, répétés et combinés, servent à repérer des périodes de visibilité, des conjonctions et des retours réguliers du disque rouge dans le ciel maya. Interprétés au moyen de leur arithmétique vigésimale, ils montrent une compréhension des périodes planétaires bien plus fine qu’on ne l’imagine souvent.

Un héritage mathématique ancré dans le ciel

Ainsi, loin d’être des bâtisseurs de monuments isolés, les Mayas ont produit une science du temps capable de modéliser le ciel. Leur héritage — pyramides orientées, codex chiffrés, zéros dessinés — impose une conclusion simple : l’astronomie maya n’était pas une croyance poétique mais une pratique mathématique rigoureuse, capable d’entrer en dialogue avec les rythmes mêmes du système solaire.

Publié le : 8 avril 2026
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