
Deux décrets publiés récemment imposent la présentation de papiers officiels avec photographie pour bénéficier de l'assistance sanitaire. Cette mesure suscite des inquiétudes, notamment de la part de l'ONG Médecins du Monde, qui craint qu'elle ne prive de soins des milliers de personnes sans-papiers déjà vulnérables.
La réforme de l'Aide médicale d'État (AME) pourrait entraîner une exclusion massive des soins pour les personnes éligibles. Selon Médecins du Monde, ces changements excluent les plus vulnérables, aggravant ainsi une situation déjà critique. Les décrets publiés au Journal officiel modifient les conditions d'accès à l'AME.
Le premier décret stipule qu'il est désormais obligatoire de fournir des documents d'identité officiels avec photo. Auparavant, d'autres documents attestant de l'identité étaient acceptés. Cette nouvelle exigence pose problème pour plus d'un tiers des personnes accueillies, qui n'ont pas de pièce d'identité en raison de divers problèmes.
Matthias Thibeaud, représentant de Médecins du Monde, alerte sur les conséquences de ce décret. Il souligne que cela pourrait aggraver le non-recours à l'AME, retardant ou empêchant l'accès aux soins. Cela peut dégrader l'état de santé des personnes concernées, avec un impact direct sur la santé publique.
De plus, l'association prévient que les coûts associés à cette exclusion pourraient être élevés. En effet, ne pas soigner aujourd'hui pourrait entraîner des hospitalisations plus coûteuses demain, augmentant ainsi la charge sur le système de santé.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a justifié cette mesure en affirmant qu'elle visait à renforcer la lutte contre la fraude. Il a également mentionné des perspectives d'économies de 180 millions d'euros. Cependant, Médecins du Monde considère ces réformes comme une offensive contre l'accès aux soins.
L'ONG dénonce également les tentatives du gouvernement d'augmenter les franchises médicales et de remettre en cause le régime des affections de longue durée (ALD), ce qui pourrait aggraver la situation des plus fragiles.
Les personnes déjà fragilisées par la crise du système de santé se retrouvent en première ligne de ces attaques. Médecins du Monde souligne que cette stigmatisation détourne l'attention des véritables causes, telles que la dégradation des services publics et le manque de moyens.
Jean-François Corty, président de l'ONG, alerte sur le fait qu'en opposant les individus les uns aux autres, on affaiblit la solidarité et l'universalité des soins, qui sont au cœur de notre modèle social.
Le deuxième décret vise à moderniser les systèmes informatiques de l'État. Cela permettra aux fonctionnaires, notamment ceux des consulats, d'accéder plus facilement aux dossiers des demandeurs. Cette mesure pourrait faciliter la gestion des demandes, mais elle ne compense pas les restrictions d'accès aux soins.
En conclusion, ces décrets soulèvent des préoccupations majeures quant à l'accès aux soins des personnes sans-papiers. La réforme de l'AME, en rendant plus difficile l'accès aux soins, pourrait avoir des conséquences graves sur la santé des plus vulnérables.