
La crise pétrolière se durcit et le monde commence à sentir le renversement. Le principal réseau d’acheminement du pétrole depuis le golfe Persique, le détroit d’Hormuz, est pratiquement fermé aux pétroliers après une série d’attaques iraniennes visant des navires en transit. Pour certains responsables américains, la décision iranienne de bloquer la route a surpris : le Pentagone et le Conseil de sécurité nationale ont sous‑estimé la volonté de Téhéran de fermer le passage en riposte aux frappes militaires des États‑Unis.
« Les équipages devraient montrer du cran », a lancé Donald Trump lors d’une interview sur Fox News, suggérant que les pétroliers bravent le détroit malgré les risques. Cette phrase illustre la tension entre volontarisme politique et réalité sur le terrain, où les armateurs et les compagnies d’assurance redoutent de lourdes pertes.
Avec le détroit hors service, les chaînes d’approvisionnement s’enracinent. Des pays prévoient déjà de puiser dans leurs réserves stratégiques pour soulager des pénuries immédiates; Goldman Sachs a réajusté ses prévisions et prévoit un Brent à plus de 100 dollars le baril en mars et 85 dollars en avril, avant un repli vers environ 70 dollars plus tard dans l’année.
L’impact déborde le pétrole : des chocs d’offre menacent l’hélium, indispensable à la fabrication de puces électroniques, ce qui pourrait aggraver la hausse des prix des semi‑conducteurs. En Australie, la pénurie d’engrais liée au blocus risque d’affecter les rendements agricoles et de faire monter le prix des denrées alimentaires.
Les hostilités s’intensifient. Israël affirme avoir frappé plus de 200 cibles à travers l’ouest et le centre de l’Iran ; au nord d’Israël, des bâtiments ont été endommagés et deux personnes ont été blessées lors d’une attaque. Les États du Golfe, dont les Émirats arabes unis et Oman, ont également repoussé des nouvelles frappes.
Deux étrangers ont été tués après le crash d’un drone dans le district de Sohar à Oman, selon le ministère de la Défense omanais; un autre drone est tombé dans une zone ouverte sans faire de blessés. Ces incidents montrent combien la violence se diffuse désormais au‑delà des lignes de front, frappant civils et infrastructures maritimes.
Autre signe de désordre : un KC‑135 Stratotanker de l’US Air Force s’est écrasé dans l’ouest de l’Irak. L’armée américaine indique que l’incident « n’est pas dû à un tir ennemi ou ami », mais le bilan des victimes reste incertain. Parallèlement, la communication est sévèrement restreinte en Iran et des messages envoyés à certains habitants, présentés comme émanant des Gardiens de la révolution, proclament la victoire de l’Iran — un exemple de guerre de l’information en pleine expansion. Le monde navigue à vue : marchés, gouvernements et populations cherchent des points d’appui alors que les flux d’énergie et d’information se délitent.