La CCI des Pyrénées-Orientales a invité Ulysse Rajim et Olivier Diaz pour parler de l'IA et de l'automatisation. L'IA change vite.
Lors d'une conférence consacrée au sujet, Ulysse Rajim, spécialiste de la question, a posé le cadre sans détour : "on commence à avoir une idée des premiers métiers qui sont réellement impactés par l'intelligence artificielle et c'est le cas des métiers de prestations intellectuelles comme les avocats, les médecins, les financiers…". Olivier Diaz a complété en expliquant qu'il ne s'agit pas seulement d'automatisation de tâches, mais d'une recomposition des métiers.
Prenez les développeurs : ils sont le symptôme le plus visible de cette rupture. Au début de l'année 2025, la majorité des développeurs écrivaient 80 % de leur code à la main et 20 % avec l'IA. Maintenant, en début 2026, c'est l'inverse.
Selon Rajim, "le développeur humain supervise, orchestre des agents IA qui écrivent le code." En moins d'un an, le rôle est passé du créateur de lignes à celui de chef d'orchestre, validant, corrigeant et intégrant des blocs générés automatiquement.
Ce basculement a des conséquences pratiques : les compétences recherchées évoluent, les routines disparaissent, et la valeur se déplace vers des tâches humaines difficiles à coder — empathie, négociation, stratégie commerciale. Le service client en est un autre exemple évident. Les processus répétitifs, faciles à décrire, peuvent être pris en charge par des agents IA, tandis que la gestion des cas sensibles, la fidélisation et la relation humaine montent en importance.
Il ne faut pas s'attendre à une pluie de nouveaux métiers étiquetés "IA". Rajim insiste : "Le nom du métier sera toujours le même mais certaines tâches, qui sont liées, par exemple, aux liens humains, à la communication, au commercial, etc., vont prendre plus d'importance." Autrement dit, l'IA redistribue les cartes internes des professions plutôt qu'elle ne crée un inventaire massif d'emplois inédits.
Enfin, pour basculer sans casse, les intervenants proposent une ligne simple : former, réévaluer les postes, et repenser les processus. Les entreprises doivent accepter que la valeur se niche désormais dans la supervision, la créativité et l'intelligence relationnelle. Les investissements en formation ne sont plus accessoires ; ils sont la condition pour que salariés et organisations tirent profit de l'automatisation.
L'IA n'est pas une toile blanche où tout est à réinventer ; c'est une lame qui coupe les tâches répétitives et remet en avant l'humain — mais un humain différent, mieux armé pour orchestrer des machines.