
Le 14 mars 2026, Javier Milei s’est rendu à Madrid pour fermer le Madrid Economic Forum 2026. Il y a rencontré Santiago Abascal dans l’hôtel où il logeait ; la réunion a duré environ cinquante minutes et aucun des deux n’a fait de déclaration aux médias. Milei portait une combinaison de travail de la compagnie pétrolière argentine YPF.
L’image a suffi à faire parler : Abascal a repris sur X le message officiel du président argentin et a publié lui‑même une salve d’éloges, qualifiant Milei de « référence internationale de la liberté qui a remis l’Argentine sur la voie de la prospérité et dans la ligue des grandes nations ». Le ton est amical et affiché ; l’alliance politique, claire.
Ce séjour madrilène est le cinquième de Milei en Espagne. Il est venu vendredi et, comme lors de ses précédentes visites, n’a pas prévu d’entretiens avec des membres du gouvernement espagnol. Au programme figurent en revanche plusieurs rencontres idéologiques : le président argentin s’entretiendra avec l’économiste ultralibéral Jesús Huerta de Soto et avec l’entrepreneur et chroniqueur Martín Varsavsky et son épouse Nina. Après son intervention au forum, Milei doit participer à la remise d’un prix dédié à Ludwig von Mises, figure centrale de l’École autrichienne qui irrigue sa pensée.
Le décor importe : le Madrid Economic Forum réunit économistes, chefs d’entreprise et figures de l’extrême droite européenne, un public qui en 2025 avait déjà applaudi les attaques de Milei contre le socialisme — tout en sifflant le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez. Cette ambiance illustre la stratégie du président argentin : s’appuyer sur des réseaux transnationaux de pensée ultralibérale plutôt que sur des canaux diplomatiques traditionnels.
Un rappel historique donne du poids au choix vestimentaire de Milei. En avril 2012, YPF a été expropriée à Repsol par la présidente de l’époque, Cristina Fernández de Kirchner. Repsol avait finalement reçu environ la moitié de la valeur de l’entreprise, perdant près de 6 milliards de dollars dans l’opération — un épisode encore sensible entre Madrid et Buenos Aires et qui explique la charge symbolique de la combinaison YPF dans un hôtel madrilène.
Milei cultive l’image du président qui défie les convenances : costume abandonné au profit d’un bleu de travail, rencontres choisies avec des alliés intellectuels, et un agenda résolument déconnecté des canaux officiels espagnols. Pour ses partisans, c’est le symbole d’un dirigeant « anti‑système » ; pour ses détracteurs, une démonstration supplémentaire de son ancrage dans des réseaux d’extrême droite et d’un ultralibéralisme dogmatique.