
Le journalisme espagnol perd une voix de poids avec la disparition de Fernando Ónega, mort mardi à l’âge de 78 ans. Figure centrale de la Transition, chroniqueur historique de La Voz et président depuis 2019 du site 65ymás, il laisse derrière lui une carrière qui a façonné discours et médias pendant plus d’un demi‑siècle.
Né en 1947 dans le village de Mosteiro, dans la paroisse de Pol (province de Lugo), Ónega gardera toujours un rapport intime avec ses origines rurales. Il aimait répéter qu’il était « journaliste et galicien », sans savoir lequel des deux qualificatifs venait en premier.
Très tôt, le journalisme s’imposa comme vocation : dès l’adolescence il signait une page hebdomadaire, « Vida estudiantil », dans El Progreso de Lugo, et réussit même à interviewer des vedettes de l’époque comme Antonio Machín. Installé ensuite à Madrid pour des études de sciences politiques et une formation à l’École de journalisme, il sut conjuguer rigueur intellectuelle et sens du terrain.
La chapelle ardente sera ouverte mercredi de 10 h à 21 h à la Casa de Galicia à Madrid, une ultime marque de reconnaissance pour celui qui n’oublia jamais ses racines.
Sa trajectoire professionnelle ressemble à un panorama des grands médias espagnols. Après des débuts pratiques et un passage à Arriba où il fut un temps sous‑directeur, il inaugure en 1978 le commentaire politique dans Hora 25 sur la Cadena SER, avant d’en prendre la direction des informations.
Par la suite, il dirigea le quotidien Ya et les informations de COPE, exerça la direction générale d’Onda Cero et présenta des programmes à TVE, puis les journaux de Telecinco et Antena 3. Auteur également, il signa plusieurs livres notables, parmi lesquels El termómetro de la vida, Puedo prometer y prometo, Juan Carlos I et Qué nos ha pasado, España.
Sa place dans l’histoire politique est tangible et va au‑delà du commentaire journalistique. Alors qu’Adolfo Suárez était encore ministre‑secrétaire général du Movimiento, Ónega rédigea en 1976 le discours de défense de la loi sur le droit d’association politique, un texte qui contribua à ouvrir le champ démocratique.
À l’issue des premières élections démocratiques, en mai 1977, il devint directeur de la presse et porte‑parole de la Présidence du premier gouvernement de Suárez. De sa plume naquit la locution devenue célèbre : « Puedo prometer y prometo », formule qui traversera les décennies et marquera durablement le lexique politique espagnol.
La profession lui rendit hommage à plusieurs reprises, par des prix qui jalonnent une carrière longue et diverse : Ondas (1970, 1979 et 2020 — ce dernier pour l’ensemble de son œuvre), Antena de Oro pour les informations de Telecinco en 1994, Micrófono de Oro en 2007 et le prix d’honneur de l’Association de la Presse de Madrid en 2024.
Il annonça sa retraite de la radio en 2022, mais ne quitta pas pour autant le commentaire quotidien : il continua d’analyser l’actualité comme chroniqueur dans Más de uno, l’émission de Carlos Alsina sur Onda Cero, restant fidèle à son exigence analytique jusqu’au bout.
Sa voix, souvent critique et toujours précise, restera associée à l’époque charnière où se dessinait la modernité espagnole. Ainsi, il laisse une empreinte faite d’angles nets, de formules qui traversent les décennies et d’un attachement tenace à ses origines galiciennes.
En partant, Fernando Ónega emporte une part de la mémoire médiatique et politique de l’Espagne contemporaine ; son influence perdurera dans les lignes qu’il a écrites et dans les phrases qu’il a offertes au débat public.