
La mort soudaine de l’ayatollah Ali Khamenei a brutalement changé la donne politique iranienne. Tué avec son épouse dans une frappe israélienne sur son complexe à Téhéran samedi, Khamenei disparaît au sommet d’un système qu’il a incarné pendant des décennies — et certains voient déjà un « moment du Mur de Berlin ». Khamenei, 86 ans, dirigeait l’Iran depuis 37 ans.
Pour des analystes comme Abbas Milani, la disparition du dirigeant « marque la fin d’une ère » et a un effet psychologique profond. L’homme était la dernière instance dans le régime de la velayat-e faqih, le système instauré après 1979 qui donne à un guide religieux le pouvoir de trancher sur tout : nucléaire, reconnaissance d’Israël, codes vestimentaires, réformes sociales. Son maintien intransigeant a verrouillé les évolutions possibles — et sa suppression violente laisse un vide politique aigu.
La succession est déjà amorcée, mais fragile. Un plan formel existe et le nom de son fils Mojtaba a été cité comme favori pour lui succéder ; l’Assemblée des experts — corps de 88 membres chargé d’élire le nouveau guide — s’est réunie à distance cette semaine pour éviter d’être prise pour cible. Le gouvernement a également reporté les obsèques et dispersé des dirigeants pour limiter les risques d’attaques contre des rassemblements officiels. « Tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’il prenne un coup », note Naysan Rafati de l’International Crisis Group, rappelant que la succession en temps de guerre et sous bombardement est une épreuve inédite pour le système.
Sur le terrain, le régime montre des signes d’usure. Les grandes manifestations de janvier, violemment réprimées et qui ont fait selon des estimations des dizaines de milliers de morts, avaient déjà ébranlé l’autorité des clercs. Depuis la frappe, la pression sur les opposants s’intensifie : des prisonniers politiques ont été transférés en dehors de la prison d’Evin, le quartier spécial 209 dispersé par crainte d’attaques, et des unités paramilitaires comme les Bassidjis patrouillent les quartiers en hurlant des slogans pro-régime pour intimider la population.
Malgré ces mesures, la question reste posée : le régime peut-il survivre en conservant ses principes durs sans la figure tutélaire qui les imposait ? Certains estiment que le système n’est pas purement personnalisé et trouvera des relais ; d’autres, comme Milani, pensent que l’ampleur symbolique de la rupture ouvre une fenêtre historique pour un changement profond.
La mort de Khamenei intervient dans un contexte de guerre ouverte et de polarisation extrême : le pays subit des frappes ciblées, les symboles du pouvoir sont touchés, et la rue conserve une colère explosive. La période qui vient déterminera si cet événement restera un choc isolé ou s’il deviendra véritablement le début d’un basculement.