
Née dans les années 1920, la ceinture rouge de la banlieue parisienne fête son centenaire au moment où les communes se préparent aux élections municipales des 15 et 22 mars 2026. À l’approche de ces scrutins, la question paraît simple et profonde à la fois : que reste‑t‑il de cet ensemble de villes longtemps administrées par des maires communistes ?
La période glorieuse appartient clairement au passé : à son apogée, en 1977, cinquante‑quatre villes de la proche banlieue étaient aux mains du Parti communiste français. Cependant, les chiffres racontent un recul constant — avant 2020 on comptait encore 38 communes « rouges », dont 21 dans la petite couronne, et six ans plus tard elles ne sont plus que 28. En 2021, le parti perdait même son dernier département, le Val‑de‑Marne, signe d’un reflux soutenu mais non total.
Quatre communes subsistent comme des forteresses à la fois politiques et symboliques : Mitry‑Mory (Seine‑et‑Marne), Malakoff (Hauts‑de‑Seine), Vitry‑sur‑Seine (Val‑de‑Marne) et Ivry‑sur‑Seine (Val‑de‑Marne). Dirigées par des municipalités communistes depuis près d’un siècle — à l’exception d’une interruption pendant la Seconde Guerre mondiale — elles incarnent une continuité qui pèse encore dans le paysage local.
Le centenaire n’est pas resté lettre morte : en 2025, de nombreuses fêtes et commémorations ont ponctué l’anniversaire, mêlant banquets aux nappes rouges et expositions de photographies d’archives. Ces cérémonies ont rappelé une histoire faite de conquêtes sociales, d’une culture municipale spécifique et d’institutions locales dont l’empreinte ne se lit pas uniquement dans les résultats électoraux.
Pour autant, le terrain a profondément changé : les anciens marqueurs sociaux et électoraux se diluent sous l’effet des transformations économiques, de la métropolisation et des recompositions politiques. Là où le communisme municipal exerçait autrefois une hégémonie, d’autres forces — écologistes, socialistes, listes citoyennes ou alliances locales — ont gagné du terrain, fragmentant un électorat désormais plus fluctuant.
Aux élections municipales de mars 2026, il ne s’agira pas seulement de savoir si ces bastions tiennent encore ; il faudra surtout mesurer jusqu’où le communisme municipal peut continuer de parler au quotidien des habitants d’une banlieue transformée. Ainsi se jouera, en partie, l’avenir politique de la ceinture rouge.
Reste que cent ans après sa naissance, cette géographie politique continue d’osciller entre mémoire cultivée et réalités nouvelles — et c’est précisément ce mélange de passé tenace et de changements en cours qui rend les prochains mois si révélateurs.