
La campagne des municipales à Brest a quitté la douceur des échanges polis pour entrer dans une période bien plus agressive, où les communiqués remplacent les conversations de plateau. Ce tournant brutal intervient après ce qui, vingt-quatre heures plus tôt, ressemblait à un débat maîtrisé ; désormais, la liste « Gauche unie pour Brest » accuse ses rivaux de promettre l’impossible sans en assumer le coût.
Dans un communiqué sobrement intitulé « Programmes électoraux : le vrai coût des promesses », l’équipe du maire sortant met en cause les chiffrages présentés par ses adversaires, en ciblant particulièrement Stéphane Roudaut et, à un degré moindre, Cécile Beaudouin. Selon la liste, plusieurs estimations sont « pas sérieuses » et, lorsque des montants sont avancés, souvent « grossièrement sous‑évalués ».
La crainte exprimée est concrète : ces promesses pourraient entraîner un saut des dépenses courantes et alourdir durablement les budgets communaux. La liste Cuillandre insiste sur le fait que « ce sont des dizaines de millions d’euros de dépenses récurrentes » qui viendraient grever les comptes, et que s’y ajouteraient les coûts d’entretien et de renouvellement des équipements mis en place.
Sur le volet précis des transports, le communiqué pointe que la gratuité proposée par certains entraînerait, selon ses estimations, « un coût de fonctionnement de plusieurs dizaines de millions d’euros par an », ce qui, selon la liste, impose de regarder les chiffres avec vigilance et responsabilité.
La charge la plus lourde est réservée à la gestion financière de la commune de Gouesnou, dirigée depuis douze ans par Stéphane Roudaut, et qui, pour la liste Cuillandre, illustre les risques d’une politique budgétaire mal maîtrisée. L’attaque publique multiplie les données chiffrées pour étayer son propos.
La dette cumulée de Gouesnou atteignait 18,50 M€ fin 2024, tandis que la dette de Brest s’élevait à 19,30 M€ à la même date ; la comparaison vise à souligner l’ampleur du phénomène pour une commune beaucoup plus petite. Par habitant, la dette est passée de 371 € en 2014 à 2 856 € en 2024, un bond qui, pour la liste Cuillandre, sonne comme un signal d’alerte.
Les critiques s’appuient aussi sur la multiplication par neuf de la charge de la dette et sur un ratio de désendettement qui dépasserait 22 ans, bien au‑dessus du seuil d’alerte fixé à 12 ans. À leurs yeux, ces indicateurs placeraient la commune « dans les 2 % des communes les plus endettées de France » et exposeraient potentiellement la collectivité à une mise sous tutelle de l’État.
Face à ces attaques, la réaction de Stéphane Roudaut a été vive et presque indignée : « Tout ceci relève d’une grande manipulation ! » affirme‑t‑il, défendant un bilan qu’il juge incompris et mal présenté. Pour lui, les chiffres doivent être replacés dans le contexte des investissements réalisés et des projets longtemps portés.
Il rappelle notamment la réalisation d’une école dont le dossier, déposé aux services de l’État en 2017‑2018, aurait été validé, et souligne que Brest métropole aménagement — qu’il présente comme présidée par une proche de François Cuillandre — a soutenu et voté ce projet à l’unanimité. De plus, il met en avant une capacité d’épargne qu’il estime supérieure à celle de Brest : « Notre capacité d’épargne est, par exemple, de 20 % quand celle dégagée par Brest n’est que de 10 % ! »
Roudaut ne se prive pas non plus de renvoyer la critique vers la gestion brestoise, évoquant un dépassement de 37 millions d’euros sur le coût prévu du tramway et laissant entendre que les leçons de rigueur budgétaire devraient venir de tous.
La campagne dépasse désormais les questions purement chiffrées : Stéphane Roudaut ouvre un autre front en s’interrogeant sur l’utilisation du manoir municipal de Kerbriant, situé au Moulin‑Blanc. Il reprend des éléments déjà soulevés par d’autres candidats quant à la nature des réceptions tenues sur place, et demande qui y est reçu, à quel titre et dans quel but.
Pour lui, l’hypothèse d’un usage partisan ou personnel d’un bien communal au détriment du contribuable « est absolument illégal », et il exige que les conditions d’accès à ces informations soient clarifiées sans délai.
Jusqu’ici, l’équipe de François Cuillandre renvoyait les demandeurs vers la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), qualifiant les polémiques de « vides de sens » et invitant à suivre « les voies légales et réglementaires ». Confronté à la montée de la pression, Stéphane Roudaut demande publiquement à Véronique Bourbigot de formuler une demande officielle d’accès et presse le maire sortant d’afficher de la transparence « sans attendre qu’il y soit forcé par la Cada ».
À dix jours du premier tour, les échanges ont clairement gagné en intensité : à gauche comme à droite, la période d’observation est révolue et chacun sort l’artillerie lourde pour s’affirmer crédible. Entre attaques sur les promesses chiffrées et accusations d’abus de biens publics, la mêlée électorale a recentré l’enjeu sur la santé financière des collectivités.
Les attaques et les réponses publiques témoignent d’une campagne qui se joue désormais sur la capacité des listes à convaincre sur la gestion des comptes et la transparence des pratiques ; les électeurs disposeront bientôt des éléments pour juger, à la fois, des promesses et de leur faisabilité.
La confrontation des chiffres et des récits va continuer d’occuper la scène politique brestoise dans les jours qui viennent, et la suite de la campagne dira si ces échanges auront modifié durablement la perception des électeurs ou simplement animé la période préélectorale.
| Critère | Gouesnou | Brest |
|---|---|---|
| Dette totale (fin 2024) | 18,50 M€ | 19,30 M€ |
| Dette par habitant (2024) | 2 856 € | — (non indiqué) |
| Ratio de désendettement | > 22 ans (seuil d'alerte : 12) | — (non indiqué) |
| Évolution de la charge de la dette | Multipliée par 9 | — (non indiqué) |
| Capacité d'épargne | 20 % (selon l'intervention de Stéphane Roudaut) | 10 % |
| Position dans le classement d'endettement | Dans les 2 % des communes les plus endettées | — (non indiqué) |