
Avant l’aube, le coin de Caton Avenue et Fort Hamilton Parkway, à Kensington (Brooklyn), était silencieux. Puis, à 4 h 30, un appartement s’est réveillé : rires, prières et odeurs d’aliments frits jaillissaient d’une cuisine enjouée peinte en bleu électrique. Trois femmes — immigrées sud‑asiatiques, musulmanes et Néo‑Yorkaises — se sont rassemblées pour préparer le suhoor, le repas pré‑aube qui permet de tenir toute la journée de jeûne pendant le Ramadan.
« C’est un moment très heureux pour nous », a dit Jhumur Akter, 44 ans, en bangla, la voix pleine de fierté. Ces rendez‑vous matinaux sont d’abord familiaux, mais ils pèsent aussi comme un rappel d’appartenance : préparer ensemble, partager les plats et échanger des nouvelles avant le jour qui commence.
Zohran Mamdani est le premier maire musulman de New York. Ces femmes n’ont pas seulement des liens de voisinage ; elles ont aidé à organiser la communauté bangladaise pour la campagne de M. Mamdani via le groupe Desis Rising Up and Moving (DRUM).
Maintenant que leur candidat siège à l’hôtel de ville, Ramadan prend une autre couleur — mêlée d’émotion et de visibilité. Avoir un maire qui observe la fête, qui traverse la ville pour rompre le jeûne avec livreurs, policiers et enseignants et qui partage ces moments sur les réseaux sociaux, transforme la célébration privée en geste public.
La semaine dernière, à quelques rues de l’appartement, M. Mamdani a pris la parole lors d’un service de prière marquant l’Eid al‑Fitr, la fête qui conclut le mois de jeûne. Il a prié aux côtés de responsables communautaires et d’alliés, et a rappelé que, pour lui, le fil conducteur du mois a été simple : les repas partagés.
Pour les habitants de Kensington, ces repas sont plus qu’un rituel religieux : ils incarnent une reconnaissance. Les images d’un maire qui casse le jeûne avec livreurs sur leur pause, ou avec des enseignants dans leur établissement, parlent d’une ville où la visibilité d’une communauté se traduit en interactions concrètes. Cela ne gomme pas les défis quotidiens, mais cela change le paysage symbolique.
À Brooklyn comme à travers la ville, le Ramadan de cette année a donc ressemblé à la fois à une fête domestique et à une démonstration politique douce. Dans une cuisine bleue, à 4 h 30 du matin, on peut mesurer ce que signifie pour beaucoup d’avoir un maire qui partage leur rythme et leurs repas.