Un bureau cloud européen lancé à La Haye
Office.eu veut arracher le bureau cloud au duopole américain — et le ramener en Europe. Lancée officiellement à La Haye, la nouvelle suite se présente comme une alternative 100 % européenne : code open source, propriétaires européens, et serveurs uniquement sur le sol de l’Union européenne. Office.eu a été officiellement lancé à La Haye. Le service fonctionne uniquement sur des infrastructures et centres de données basés dans l'Union européenne.
Fonctions offertes et compatibilité pour migrer
Concrètement, on retrouve sur une seule plateforme l’édition de documents, tableurs et présentations, le stockage de fichiers, la messagerie, le calendrier et la visioconférence. Le cœur technique repose principalement sur Nextcloud Hub, et la compatibilité avec les formats courants (.docx, .xlsx, .pptx), IMAP pour les mails et CalDAV pour les calendriers facilite les migrations. Des clients de synchronisation existent pour Windows, macOS et Linux, plus des applications mobiles et une interface web pour qui ne veut rien installer.
Souveraineté numérique : pourquoi agir maintenant
Pourquoi maintenant ? Parce que la souveraineté numérique est devenue un enjeu politique. Office.eu met en avant la protection "sous juridiction européenne" pour empêcher que des régimes étrangers — le CLOUD Act américain, par exemple — n’accèdent aux données. Maarten Roelfs, PDG d’Office EU, le dit sans détour : l’Europe doit "devenir indépendante du cloud" et reprendre le contrôle sur ses données et ses outils digitaux. Plusieurs administrations européennes ont déjà réduit leur dépendance aux solutions américaines — la France, un ministère autrichien, le Schleswig‑Holstein, des agences danoises et la ville de Lyon sont cités parmi celles qui changent de cap.
Limites pratiques, migration et modèle économique
Reste la question pratique : Office.eu revendique une expérience familière pour accélérer la migration, et promet des outils pour transférer mails, calendriers et fichiers. Mais la société n’a pas détaillé ces outils, et reconnaît elle‑même que Microsoft 365 restera le choix le plus complet pour les équipes très investies dans Outlook, Teams ou l’écosystème Microsoft Identity. Son argument principal n’est donc pas de battre Microsoft sur les fonctions, mais d’offrir un espace de travail hébergé en Europe, transparent et auditables, ce qui peut suffire pour beaucoup d’organisations publiques et privées.
Le service n’est pas encore disponible à grande échelle ; il est possible de s’inscrire pour l’essayer. Les tarifs sont annoncés à peu près au même niveau que Microsoft 365 et Google Workspace — preuve que Office.eu parie sur la souveraineté, plus que sur le prix, pour séduire les clients. Petits poisson aujourd’hui dans un océan dominé par les géants, les Européens espèrent que leur combinaison de logiciel libre, d’infrastructures locales et de timing politique convertira l’essai.
