
Un nouveau geste administratif a retourné des vies. Depuis la fin février, les ressortissants britanniques qui ont aussi une nationalité étrangère doivent désormais présenter un passeport britannique ou un certificat d’aptitude au séjour — un document qui coûte £589 — pour revenir au Royaume‑Uni. Pour des centaines de personnes nées de pères britanniques non mariés, cela a réveillé des lois anciennes et plongé des trajets de vie dans l’incertitude.
La règle frappe des gens qui ont grandi et travaillé au Royaume‑Uni sans jamais douter de leur nationalité. Dawn est arrivée à cinq ans, a travaillé pour le ministère de la Défense et possédait un passeport britannique jusqu’en 2018. Sa demande de renouvellement a été rejetée parce qu’elle n’a pas pu fournir un passeport français portant le nom marital — la France émet parfois des passeports sous le nom de naissance. On lui a dit que ses anciens passeports avaient été délivrés « par erreur » et qu’elle n’était pas britannique, faute d’avoir été reconnue à la naissance comme l’enfant d’un père marié. La nouvelle règle exige un passeport britannique ou un certificat d’aptitude au séjour coûtant £589 pour entrer au Royaume‑Uni.
L’arrière‑plan juridique est sec et ancien. Le parlement a supprimé d’autres discriminations entre enfants nés hors mariage en 1987, mais la reconnaissance automatique de la nationalité paternelle n’est intervenue qu’en 2005. Ce n’est qu’en 2022 qu’une voie de réparation a été prévue pour ceux nés avant 2005. « Depuis, les enfants de pères non mariés peuvent se réclamer de la citoyenneté paternelle, mais il a fallu attendre 2022 pour un remède pour les naissances antérieures », résume Simon Cox, avocat spécialisé en immigration.
Dawn a trouvé la procédure humiliante et coûteuse. Craignant de perdre des allocations pour handicap, elle a dû relancer le Passport Office et lancer une collecte en ligne pour réunir les £1,735 nécessaires à sa demande de citoyenneté — somme qu’elle promet de rembourser si le Home Office règle le problème. « Je n’ai jamais remis en question ma nationalité et tout à coup on me prive du droit de voyager », dit‑elle.
Une autre femme, née à Manchester en 1999 et professionnelle en santé mentale, possède un jugement de reconnaissance paternelle délivré par la haute cour, mais n’a jamais eu de passeport britannique. On lui a demandé de fournir ses empreintes et de passer un test de citoyenneté pour obtenir le certificat qui permettra ensuite le passeport. Elle a déjà payé £130 qu’elle appelle une « taxe de l’illégitimité » pour « racheter un droit de naissance ».
« Je suis traitée comme une nouvelle migrante dans la ville où j’ai vécu toute ma vie », dit‑elle. Elle bénéficie d’un numéro NHS depuis la naissance, d’un numéro de sécurité sociale à 16 ans, a reçu des prêts étudiants et paie des impôts depuis ses 17 ans.
Les avocats pointent un problème simple : une administration peu accessible et une culture qui privilégie la bureaucratie sur l’assistance. Le Home Office a été contacté pour répondre à ces cas. Pour l’instant, des vies — et des moyens de subsistance — restent suspendus à des formulaires vieux de plusieurs décennies.