Un tableau de bord IA présenté à Miami par un responsable militaire
« C’est révolutionnaire. » Sur un ton admiratif, Cameron Stanley, officier en charge du numérique et de l’intelligence artificielle au département de la guerre américain, a ainsi présenté à Miami le tableau de bord alimenté par l’IA qu’il dit « déployer dans toute l’armée américaine ». L’outil n’était pas là par hasard : la conférence était organisée par Palantir, l’entreprise qui fournit cette plateforme et qui, depuis deux ans, s’est immiscée dans presque toutes les opérations militaires où les États-Unis ou leurs alliés sont engagés.
Palantir comme interface entre capteurs, décideurs et frappes
Palantir n’est plus seulement un prestataire de données ; c’est une interface entre capteurs, décisions humaines et frappes. En Iran, lors de l’opération dite « Fureur épique » lancée par Donald Trump le 28 février, des frappes ont été coordonnées avec ce même logiciel.
Alexander Karp, cofondateur de Palantir, s’était rendu à Kiev dès juin 2022 pour rencontrer Volodymyr Zelensky ; l’armée israélienne a officialisé un accord avec l’entreprise en janvier 2024 ; l’OTAN a suivi en mars 2025 ; et en janvier 2026, l’armée américaine a utilisé ses outils lors de l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro.
Rappels factuels sur des utilisations spécifiques
Palantir a fourni des outils utilisés lors de l'opération « Fureur épique » lancée par Donald Trump le 28 février. Alexander Karp a rencontré Volodymyr Zelensky à Kiev dès juin 2022.
Conséquences pour la collecte d’information et la responsabilité
La concentration de ces faits est simple et troublante : une même boîte logicielle irrigue des batailles, des opérations clandestines et des partenariats stratégiques entre États. Là où les armées cherchaient autrefois à construire leurs propres chaînes d’information, elles adoptent désormais des systèmes privés capables d’agréger des images satellites, des signaux et des rapports humains pour produire des tableaux de bord décisionnels en temps réel.
Pour les militaires, la promesse est évidente : vitesse, précision, portée. Pour les sociétés civiles, la promesse est moins séduisante : qui audite ces algorithmes ? Qui assume les erreurs ?
Un basculement commercial et politique qui remet en cause les contrôles
Le basculement est aussi commercial et politique. Palantir organise des événements où l’on vante l’efficacité de l’IA, signe des contrats nationaux et devient, de fait, un acteur stratégique.
Quand un logiciel définit qui constitue une cible ou qui mérite une surveillance rapprochée, la frontière entre capacité technique et responsabilité politico-militaire s’estompe. Les gouvernements gagnent en agilité ; la dissémination de ces outils soulève inévitablement des questions d’éthique, de transparence et de contrôle démocratique.
En moins d’un quinquennat, un logiciel est passé des salles de réunion aux centres d’opérations militaires. Le saut n’est pas seulement technologique : il redessine l’équilibre entre États et entreprises et pose une question simple, urgente et mal réglée : qui tient la main sur l’algorithme quand il s’agit de faire la guerre ?
