Un appel du pape Léon XIV pour « désarmer » l’IA
Léon XIV demande de « désarmer » l’intelligence artificielle pour l’empêcher de dominer l’humain. Dans Magnifica Humanitas, une encyclique de 130 pages publiée lundi par le Vatican, il tire le signal d’alarme : l’IA n’est pas neutre, elle concentre pouvoir et richesses entre quelques acteurs et risque de redéfinir ce que signifie être humain.
Le pape Léon XIV a signé Magnifica Humanitas le 15 mai. L’IA pourrait peser jusqu’à 4 800 milliards de dollars d’ici 2033, selon l’ONU.
Exigences éthiques et contrôle démocratique face aux géants technologiques
Pour Léon XIV, la réponse ne peut pas être technocratique. Il réclame un code éthique commun, une éducation numérique massive et des régulations qui remettent l’accès aux plateformes, aux données et à la puissance de calcul sous contrôle démocratique — aujourd’hui détenu, regrette-t-il, par de grands groupes économiques et technologiques. Il dénonce aussi la délégation de décisions létales aux machines et appelle à dépasser la théorie de la « guerre juste » quand elle sert à justifier des conflits.
La dimension sociale : culture, auteurs et mise en garde contre l’esclavage moderne
La dimension sociale du texte est frappante. Citant Platon, Tolkien, Picasso et Beethoven, le pape oppose culture et humanité à la logique utilitariste des algorithmes.
Il alerte sur des « nouvelles formes d’esclavage » : l’extraction des ressources nécessaires aux technologies repose parfois sur le travail dangereux d’adolescents et d’enfants. « Des corps marqués, mutilés, usés pour que le flux de calcul ne s’interrompe pas », écrit-il, et l’Église présente « sincèrement pardon » pour son retard à condamner historiquement l’esclavage.
Éthique écologique et continuité avec les engagements du Saint‑Siège
L’encyclique combine inquiétudes éthiques et écologiques : elle réclame des solutions technologiques plus durables afin de réduire l’impact environnemental de l’IA. Déjà en 2020, le Saint‑Siège avait lancé l’Appel de Rome pour une éthique de l’IA ; aujourd’hui, Magnifica Humanitas parachève plusieurs années de réflexion et pourrait, estiment des observateurs, rencontrer l’écho de Laudato Si' sur l’écologie.
Poids politique, rejet de l’usage militaire et portée symbolique
Politiquement, le pape reprend la défense du multilatéralisme et condamne l’emploi militaire de l’IA. Sans nommer d’États, il fustige la normalisation de la guerre comme instrument de politique internationale et affirme qu’aucun algorithme ne peut rendre la guerre moralement acceptable. Sa prise de position a déjà provoqué des frictions : en avril, ses critiques de certaines pratiques guerrières avaient suscité des réactions de la Maison‑Blanche.
Le geste est aussi symbolique : pour la première fois, le pape a participé lui‑même à la présentation de son texte aux côtés de hauts responsables du Saint‑Siège et d’experts de l’IA, dont des figures de la tech américaine. Magnifica Humanitas affirme que la dignité humaine doit rester la boussole face à une révolution numérique qui redessine nos pouvoirs, nos marchés et nos imaginaires.
