
Le 30 mars 2026, le pape Léon XIV a choisi la foule réunie place Saint‑Pierre pour lancer un avertissement net : Dieu n’est pas une caution pour la guerre. Devant des dizaines de milliers de fidèles venus célébrer le Dimanche des Rameaux, il a déclaré : « Frères et sœurs, voici notre Dieu : Jésus, Roi de la Paix, qui rejette la guerre, que personne ne peut utiliser pour la justifier. Il n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre, mais les rejette. »
Ce message frappant arrive au cœur d’un monde où la religion est de plus en plus invoquée pour légitimer la violence. La guerre menée par les États‑Unis et Israël contre l’Iran entre dans son deuxième mois, tandis que la campagne russe en Ukraine se poursuit. Des responsables comme le secrétaire à la Défense Pete Hegseth se réclament de la foi chrétienne pour justifier l’effort militaire ; de leur côté, l’Église orthodoxe russe a qualifié l’invasion de l’Ukraine de « guerre sainte » contre un Occident perçu comme décadent. Le pape a opposé à ces usages instrumentaux une image claire du Christ : prince de la paix, pas chef de guerre.
Léon XIV a surtout prié pour les chrétiens du Moyen‑Orient « qui subissent les conséquences d’un conflit atroce ». Il a rappelé que, pour beaucoup, la Semaine sainte ne peut être vécue normalement : la Patriarcat latin a affirmé que la police de Jérusalem a empêché la haute hiérarchie catholique d’entrer dans le Saint‑Sépulcre, empêchant ainsi la célébration du Dimanche des Rameaux — une première, selon le Patriarcat, en des siècles. Ces événements ont transformé des rites millénaires en actes risqués ; ils exposent, a dit le pape, la souffrance concrète des communautés chrétiennes.
En guise de clôture, Léon XIV a invité à « élever nos prières au Prince de la Paix afin qu’il soutienne les personnes blessées par la guerre et ouvre des chemins concrets de réconciliation et de paix ». Son appel résonne pendant une Semaine sainte qui porte encore l’ombre du pontificat précédent. L’an dernier, le pape François — hospitalisé cinq semaines pour une double pneumonie — avait dû céder certaines célébrations mais était revenu saluer les fidèles depuis la loggia de la basilique. Il est décédé le lendemain de Pâques, lundi, des suites d’un AVC ; son infirmier, Massimiliano Strappetti, rapporte que François lui avait dit : « Merci de m'avoir ramené sur la place. »
Entre protestation morale et prière publique, le pape Léon XIV essaie de tracer une ligne : la foi ne peut servir d’alibi à la guerre. Pour lui, c’est aussi un impératif géopolitique et pastoral — rappeler que, sur le parvis de Saint‑Pierre comme dans les terres en feu, ce que réclame la religion, c’est la paix.