
Une distribution de tracts qui devait ressembler à tant d’autres, à deux semaines du premier tour, s’est transformée en incident choquant : dimanche 1er mars, alors qu’elle tenait un stand sur la place de Clichy, Thèa Fourdrinier a été agressée sexuellement, selon son récit.
Âgée de 28 ans, elle mène la liste de l’union de la gauche dans le VIIIe arrondissement et est membre du parti Place publique, une position qui la place quotidiennement au contact des électrices et électeurs — mais aussi, comme elle le constate, au cœur d’une attention souvent déplacée.
L’épisode s’est déroulé en quelques secondes : un homme s’est approché en tenant déjà un tract, a affirmé être le fils de Jeanne d’Hauteserre, maire actuelle du VIIIe, puis, juste avant de s’éloigner, lui a imposé un baiser sur la joue. La candidate décrit ce « smack » comme « bien baveux et dégueu », donné à côté de la bouche.
Sur le moment, elle n’a pas su réagir immédiatement : « Il m’a bien fallu 30 secondes pour que je réagisse », raconte‑t‑elle, incapable de poursuivre la distribution, « totalement déboussolée » et sentant encore la salive sur sa joue. Autour d’elle, les réactions ont déconcerté — certains ont ri nerveusement et l’on a même entendu quelqu’un lâcher « c’était mignon » —, ce qui a accentué son incompréhension et sa colère.
Ne se résignant pas à laisser passer l’affaire, elle a porté plainte dans l’après‑midi. Néanmoins, au moment des premiers récits de l’incident, l’agresseur n’avait pas été interpellé, et les procédures étaient en cours.
Pour Thèa Fourdrinier, cet épisode ne relève pas de l’isolement : il s’inscrit dans une suite d’atteintes quotidiennes. Par exemple, au marché des Batignolles, un homme lui a lancé « Jolie comme vous êtes, vous allez gagner, vous êtes Miss VIIIe », et plusieurs personnes lui ont fait remarquer qu’elle était « belle » en commentant son tract de campagne. De son côté, elle réagit avec fermeté : « Non, ce n’est pas “mignon”, c’est une agression ».
Sur les réseaux sociaux, elle ajoute que « être une femme en politique, c’est mettre jour et nuit ses compétences au service de son engagement. Mais c’est être constamment renvoyée à son corps et à ses vêtements », rappelant ainsi combien le travail politique des femmes peut être constamment dévalué par des remarques ou des gestes à connotation sexuelle.
Ce n’est pas la première fois que la candidate est visée : lors de sa campagne pour les législatives de 2024, elle avait déjà subi un appel au viol sur les réseaux sociaux, une violence verbale qui avait alors marqué les esprits. Aujourd’hui, l’incident de la place de Clichy réactive ce constat : la présence des femmes en politique se heurte encore, au quotidien, à des violences et à des réductions humiliantes qui n’ont rien à voir avec le débat public.
La plainte déposée et les réactions suscitées par cet événement relancent la question de la sécurité et du respect des femmes engagées en politique, alors que la campagne se poursuit et que la représentation publique devrait pouvoir se pratiquer sans craindre d’être réduite à son corps ou son apparence.