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À Paris, un club des papas pour parler nuits difficiles et dents

Pères assis en cercle dans un club de papas à Paris, discutant autour de cafés dans une salle lumineuse

Quand la naissance éclaire et désarçonne

Quand il parle de la naissance de sa fille Billie, en août 2025, les yeux de Baptiste s’illuminent : « Découvrir ce petit être que l’on a attendu pendant neuf mois, c’était vraiment incroyable. Il n’y a rien qui est comparable à ça, j’étais trop ému. » Cet homme de 39 ans, casquette rose sur la tête et sourire large, a l’air de quelqu’un qui a vécu un basculement aussi doux qu’effarant.

Sa fille Billie est née en août 2025. Il a 39 ans et a pris deux mois et demi de congé paternité.

Un congé aménagé qui révèle l’apprentissage

En s’arrangeant avec sa hiérarchie, ce conseiller dans l’informatique a pu rester à la maison deux mois et demi. Les premières semaines ont été « magiques », dit-il, mais le charme n’a pas tenu face à la fatigue accumulée.

À force de nuits hachées et de gestes répétés, l’excitation de la naissance s’est muée en conscience aiguë d’une réalité : être père s’apprend. « Là, j’ai réalisé que ma vie avait changé, qu’il fallait que j’apprenne à être père, mais c’est dur, ce n’est pas inné. »

Reprendre le travail, retrouver un rythme et sa légitimité

Le retour au travail a cristallisé ce changement. Reprendre un poste avec des deadlines après des semaines consacrées aux biberons et aux câlins, c’est perdre un rythme et devoir en composer un autre — souvent sans mode d’emploi.

Pour Baptiste, comme pour beaucoup, la paternité révèle des tensions silencieuses : culpabilité de quitter l’enfant, épuisement physique, et le besoin de se sentir légitime dans ce rôle nouveau. Il le dit sans détour : on ne naît pas parent, on le devient, et parfois lentement.

Les rencontres entre pères comme ressource collective

C’est précisément ce que cherchent à combler des rencontres informelles entre pères : échanger, partager les petites astuces, et surtout se rendre compte qu’on n’est pas seul. Parler des nuits difficiles, des poussées dentaires ou de la gestion du travail et de la maison, cela permet de transformer le sentiment d’isolement en ressources concrètes.

Pour beaucoup, entendre d’autres hommes dire « moi aussi j’ai galéré » suffit à dédramatiser et à trouver des solutions pratiques.

Baptiste n’a pas de recette miracle. Il insiste plutôt sur la nécessité d’un peu de temps et de bienveillance — envers soi d’abord, puis envers l’enfant. « Les premières semaines étaient magiques », répète-t-il, mais il veut aussi que l’on reconnaisse la part sombre de cet apprentissage : la fatigue, le doute, la reconquête d’un équilibre. Ce que montrent ses mots, et ce que confirment les rencontres entre pères, c’est qu’apprendre à être parent est un chantier collectif autant qu’intime.

Publié le : 5 avril 2026
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