BUENODIA

Paris : Théa Fourdrinier, candidate du VIIIe, agressée sexuellement

Théa Fourdrinier en extérieur à Paris, portrait de la candidate du VIIIe devant des immeubles haussmanniens

Un rituel de campagne qui tourne mal place de Clichy

Depuis plusieurs week-ends, les places et les marchés parisiens revivent un petit rituel de campagne : des candidats qui distribuent des tracts au milieu des passants, échangeant sourires polis et conversations brèves. Cependant, ce qui semblait être une scène banale du mois de mars a basculé en un instant.

Ce 1er mars, alors qu’elle tractait sur la place de Clichy, Thêa Fourdrinier, 28 ans, avocate et tête de liste de l’union de la gauche (hors LFI) pour le VIIIe arrondissement, a été victime d’une agression sexuelle. Selon son récit, un homme qui possédait déjà son tract s’est approché en prétendant être « le fils de la maire du VIIIe, Jeanne d’Hauteserre », puis l’a touchée d’un « smack bien baveux et dégueu » sur la joue, près de la bouche.

Il lui a fallu une trentaine de secondes pour réagir, et elle souligne le caractère étrange des réactions autour d’elle : certains ont ri nerveusement et, dit-elle, quelqu’un a même lancé « C’était mignon ». Néanmoins, l’agresseur avait déjà quitté les lieux quand elle a réussi à se ressaisir. Elle a porté plainte dans l’après‑midi.

Des remarques sexistes répétées qui minent la campagne

Cette agression s’inscrit dans une suite de propos et d’actes sexistes dont la candidate dit être régulièrement la cible. En effet, pendant la campagne législative de 2024 elle avait déjà été visée par un appel au viol sur les réseaux sociaux, et les commentaires déplacés se multiplient lors des rencontres de rue.

Au marché des Batignolles, par exemple, un homme lui aurait lancé : « Jolie comme vous êtes, vous allez gagner, vous êtes Miss VIIIe », et plusieurs personnes lui auraient dit qu’elle était « belle » sur son tract. Face à ces remarques répétées, elle s’insurge : « On n’est pas là pour ça ! », rappelant que ce type d’attitude arrive « tout le temps aux femmes en politique ».

Plainte, soutiens et silence de certains rivaux

Après l’incident, la candidate a reçu des marques de soutien — « d’autres candidats, de droite et de gauche », dit‑elle — mais déplore aussi l’absence de réaction de certains de ses adversaires dans le VIIIe. Ainsi, alors que certains ont pris la peine de la soutenir publiquement, d’autres sont restés silencieux.

Le cabinet de Jeanne d’Hauteserre a précisé qu’elle n’avait pas de fils, une information que la candidate interprète comme la preuve que l’homme a menti en se réclamant d’un lien avec la maire. En parallèle, la plainte déposée vise à inscrire cet acte dans un cadre judiciaire plutôt que de le laisser dans l’anonymat des incidents de rue.

La sécurité racontée par celles qui la subissent

Pour Thêa Fourdrinier, cette agression ne signera pas la fin de ses meetings de rue : elle entend poursuivre le tractage dans les rues du VIIIe et faire de la sécurité un thème central de sa campagne. Elle insiste sur un point politique et symbolique enfin évident : ce sont souvent les femmes qui vivent ces violences et qui devraient en parler au premier plan.

De son point de vue, trop souvent la parole sur la sécurité revient « à des hommes blancs de plus de 50 ans », qui, selon elle, sont parmi les moins concernés. Ainsi, elle demande que le débat soit recentré sur celles et ceux qui subissent quotidiennement insultes et gestes déplacés, et non sur des expertises distantes.

Cette affaire rappelle que la campagne électorale ne se joue pas qu’en salle ou sur les plateaux : elle se déroule aussi sur la rue, là où se mêlent tracts, sourires et, parfois, violences. Qui parlera de la sécurité quand les premières concernées sont réduites au silence ?

En attendant les suites judiciaires, la candidate affirme vouloir continuer à être visible et à porter la parole des habitants du VIIIe — et, surtout, à rappeler que la sécurité doit être définie et discutée par celles qui la vivent.

Publié le : 3 mars 2026
link