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Des partisans du vote familial veulent supprimer le vote des femmes aux États-Unis

Femme votant dans un bureau de vote aux États-Unis, bulletin en main, sous l’affiche « vote familial »

Dimanche après la Saint-Valentin à King’s Way Reformed

Le dimanche après la Saint-Valentin, dans l’église King’s Way Reformed de Prescott (Arizona), la plupart des femmes portaient un foulard noué sur la tête. Pour Marybelle East, 36 ans, ce n’est pas un simple accessoire : «pour qu’il voie que je me soumets à son autorité.» De fait, précise-t-elle, il s’agit de l’autorité de son mari. Le foulard, dit-elle, «ça m’empêche d’ouvrir la bouche» — un geste religieux qui matérialise un ordre domestique.

Patriarcat biblique et retrait de la parole publique

À l’intérieur de la salle, la pratique se confirme comme doctrine. Le patriarcat biblique y est présenté comme modèle de mariage ; pour beaucoup, cela implique de céder la parole publique à l’époux. Plusieurs femmes affirment que l’Amérique irait mieux si les femmes n’avaient pas le droit de vote — une position tenue non comme provocation, mais comme conviction cohérente avec leurs croyances.

Un pasteur médiatique à la périphérie de Prescott

Les Easts ont fait deux heures de route depuis la région de Phoenix pour écouter le pasteur Dale Partridge. Le pasteur, 40 ans, officie à la périphérie de Prescott et parle dans un espace en brique et verre, posé entre un aéroport régional et un modeste golf. Sa présence attire : sa voix est amplifiée par les réseaux sociaux, où il multiplie les messages tranchants.

Le pasteur Dale Partridge, 40 ans, appelle à effacer le suffrage féminin. Il qualifie l’immigration de «suicide national».

Sur ses comptes, Partridge fustige féministes, catholiques et personnes gay ; il qualifie l’immigration de «suicide national» et décrit l’islam et l’hindouisme comme «démoniques». Il a aussi listé le vote des femmes parmi les causes pour lesquelles «le monde s’effondre». Ces propositions naturelles sur la toile viennent atteindre un public prêt à transformer le credo intime en projet politique.

Quand pratique religieuse et projet civique se confondent

Le lien est direct : pratiques de soumission domestique et agenda politique se renforcent mutuellement. Les foulards qui retiennent la chevelure rappellent, le dimanche, ce que des idées partagées diffusent ailleurs — sur les écrans et au-dehors de l’église. Pour ces communautés, le geste religieux et la parole publique forment un tout ; l’un légitime l’autre.

Reste que ces convictions ne se limitent pas à un microcosme rural. Elles circulent en ligne, trouvent des auditeurs hors de l’église et posent une question simple et troublante : quand la religion intime devient matrice d’un projet civique, qui décide de voter et pourquoi ?

Publié le : 2 avril 2026
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