
Marina Abramovic, née à Belgrade en 1946, incarne une véritable prêtresse de l'art contemporain. À 79 ans, elle continue d'éblouir avec son élégance et son engagement artistique. Sa dernière œuvre, "Balkan Erotic Epic", explore des thèmes profonds liés à son héritage culturel et à son vécu personnel.
La vie d'Abramovic a été profondément influencée par les événements historiques de son pays. Elle évoque la fragmentation de l’ex-Yugoslavie, déclarant : "Après le funérailles du maréchal Tito, nous étions six pays". Cette expérience a façonné son identité et son art. Dans "Balkan Erotic Epic", elle aborde ces thèmes avec une intensité palpable.
Lors de sa présentation au Gran Teatre del Liceu, elle a partagé son sentiment de retour à la maison. En 2023, elle a déjà conquis le public avec "Les sept morts de Maria Callas". Son lien avec l’Espagne, qu’elle décrit comme un pays de drame et de passion, est indéniable.
"Balkan Erotic Epic" est une coproduction internationale qui promet de faire le tour du monde jusqu'en 2028. Abramovic ne craint pas de choquer, évoquant la possibilité d'être arrêtée à Hong Kong en raison de la nudité présente dans son spectacle. Elle utilise des éléments scéniques audacieux, comme des sculptures hyperréalistes, pour explorer des rituels ancestraux.
Elle explique que ces rituels étaient autrefois utilisés pour connecter le spirituel et le matériel. Par exemple, des femmes du XIe siècle montraient leurs génitaux pour effrayer les dieux. Abramovic remet en question la perception moderne de la nudité, la présentant comme un acte de pureté plutôt que de pornographie.
La première de "Balkan Erotic Epic" à Manchester a permis au public de se déplacer librement entre 13 scènes. Abramovic compare cette expérience à une installation artistique, offrant une nouvelle approche à la performance. Elle a également choisi d'intervenir dans certaines scènes, ajoutant une dimension personnelle à l'œuvre.
Au Liceu, le spectacle, d'une durée de près de quatre heures, impose certaines règles strictes, comme l'interdiction des téléphones. Abramovic a voulu créer une expérience unique, sans interruption, permettant aux spectateurs de vivre pleinement chaque moment.
À travers "Balkan Erotic Epic", Abramovic explore sa relation complexe avec sa mère, une figure centrale de son œuvre. Elle se souvient d'une enfance difficile, marquée par une mère stricte et héroïque. Dans le spectacle, elle libère symboliquement sa mère, incarnée par une interprète, à travers des thèmes de passion et de sexualité.
Cette œuvre représente une forme de catharsis pour Abramovic, lui permettant de renouer avec son passé. Elle confie que cette exploration a été très thérapeutique, transformant la douleur en une expression artistique puissante.
Marina Abramovic continue de défier les conventions avec "Balkan Erotic Epic". Son approche audacieuse et son exploration des thèmes universels de la nudité, de l'identité et de la culture font de cette œuvre un jalon dans sa carrière. À travers son art, elle nous invite à réfléchir sur notre propre humanité.