
Une lettre anonyme pourrait relancer une enquête gelée depuis presque quatorze ans. La missive, postée à la station de police de Harlow en juillet dernier, contient selon les enquêteurs des précisions qu’ils « veulent vivement exploiter ». Le commandant de l’enquête, la détective inspectrice Louise Metcalfe, lance un appel direct à son auteur : venez parler, vous serez traité équitablement.
Le 15 octobre 2012, un incendie a tué à Harlow la Dr Sabah Usmani et ses cinq enfants — Hira, 12 ans ; Sohaib, 11 ; Muneeb, 9 ; Rayyan, 6 ; et Maheen, 3. L'enquête, baptisée opération Shakespeare, dure depuis près de 14 ans. Seul survivant, Dr Abdul Shakoor avait tenté de réveiller sa famille et de les sauver. Au même moment, la Ford Focus argentée d’un voisin a été incendiée à proximité.
La lettre manuscrite, que la police croit rédigée localement, est arrivée peu après la diffusion d’un podcast qui a rouvert le dossier. Metcalfe dit que son contenu montre que « quelqu’un sait quelque chose mais n’ose pas parler », et que ce témoin potentiel « ne supporte plus le cauchemar de garder l’information ». Les enquêteurs espèrent que cette confession masquée suffira à faire bouger les choses : « Ce que vous savez pourrait être vital pour identifier les responsables », affirme-t-elle.
Les failles du départ continuent de peser. Plus de 70 agents et personnels ont travaillé sur l’affaire, près de 500 déclarations ont été recueillies et presque 2 000 pièces examinées, sans qu’aucune charge n’ait encore été retenue. La police reconnaît aussi des erreurs techniques : des éléments cruciaux ont été, selon des experts, jetés par mégarde dans une benne par un sous-traitant en début d’enquête.
Des plaintes ont été déposées, et un spécialiste externe, Iain Peck, a conclu que certains prélèvements avaient été mal conditionnés.
L’enquête a besoin d’un déclic et la lettre pourrait en être un. Metcalfe explique que la missive a malheureusement été ouverte et manipulée avant d’arriver à elle, ce qui a compliqué les analyses médico-légales, mais que son contenu reste suffisamment précis pour mériter d’être creusé. Malgré des arrestations intervenues au fil des ans, « nous n’en sommes toujours pas plus proches d’un procès », admet-elle, « il nous faut un peu de chance et du courage des habitants ».
Pour l’heure, l’appel est simple et direct : si vous avez écrit ou si vous savez qui a écrit cette lettre, venez parler. L’affaire concerne une famille tuée chez elle à Harlow et continue d’interroger une communauté. Une seule personne qui accepte de témoigner pourrait transformer des années d’impasse en une piste décisive.