
Rob Jetten est devenu l'un des plus jeunes ministres de l'histoire néerlandaise sous l'ancien PM Mark Rutte. Son parcours exceptionnel a propulsé son parti D66, traditionnellement social-libéral, de la cinquième à la première place en moins de deux ans. Cette ascension fulgurante résulte d'une conjoncture politique favorable pour ce jeune homme de 38 ans.
Le résultat des élections de mercredi est très incertain, Jetten se mesurant à l populiste anti-Islam Geert Wilders pour remporter le plus de sièges au parlement. Pendant la campagne, Jetten a dominé les écrans, son sourire et son message optimiste ont résonné auprès des électeurs, tandis que ses rivaux peinaient parfois à capter l'attention.
Peu de soirées se sont écoulées sans la présence de Jetten à la télévision. Lorsque Wilders a annulé une apparition pour des raisons de sécurité, Rob Jetten a saisi l'occasion et a pris sa place. Il a même participé à un jeu télévisé, Smartest Person, enregistré des mois auparavant.
Son parti D66 n’a pas été entaché par l’échec de la coalition de 11 mois avec Wilders, car Jetten avait déjà connu une défaite lors des élections de 2023. La coalition s'est effondrée en juin dernier suite à un conflit sur la migration.
Jetten a su transmettre un message positif, résumé par le slogan Het kan wel, qui évoque le célèbre "Yes, we can" de Barack Obama. Cela contraste fortement avec Wilders, qu'il accuse de sème division. Si son parti arrive en tête, Rob Jetten pourrait devenir le premier Premier ministre néerlandais ouvertement gay.
Passionné de politique dès son enfance, Jetten a grandi dans une petite ville de la province du Brabant. Bien qu'il n'ait pas fait de sa vie privée un élément de son identité politique, il a partagé un message fort sur l'homophobie il y a cinq ans, en lisant une liste de messages homophobes reçus sur son téléphone.
Jetten a dirigé une campagne bien rodée et a surpassé ses rivaux lors des débats télévisés. Il a été un soutien précoce du D66, un parti progressiste et socialement libéral. Après quelques années au sein de ProRail, il a été élu député en 2017 et a ensuite été ministre du climat sous Mark Rutte.
Cependant, sa carrière n'a pas été sans embûches. Un collègue parlementaire l’a décrit comme « insistant » sur les questions climatiques, et ses ambitions ont été freinées par l'invasion de l'Ukraine, qui a fait grimper les prix de l'énergie. En 2023, il a dirigé une campagne désastreuse, son parti n'obtenant que neuf sièges.
Les partisans voient en lui un mini-Mark Rutte, une comparaison qui lui convient, car de nombreux Néerlandais se remémorent avec nostalgie la stabilité des années Rutte. Les deux hommes partagent un air jovial et pragmatique, mais leur style diffère : Rutte est loquace, tandis que Jetten est plus réservé.
Jetten a de grandes ambitions, notamment face à la crise du logement aux Pays-Bas, avec un déficit d'environ 400 000 logements. Il souhaite construire dix villes et critique le manque de résultats des gouvernements néerlandais au cours des 10 à 15 dernières années.
Pour réussir, Jetten devra faire preuve de la même résilience que Rutte, qui a traversé quatre gouvernements. Il a déjà surmonté un moment délicat lors de la campagne, où une blague sur la princesse héritière Amalia a été mal reçue. Bien qu'il ait admis que c'était inapproprié, cela ne semble pas avoir nui à sa popularité.