
Le président de Syrie, Ahmed Al Sharaa, et Thomas Barrack, envoyé du président Donald Trump, ont marqué un tournant significatif dans la politique américaine envers le pays arabe. Ce dimanche, ils ont confirmé le soutien tacite des États-Unis à l'offensive générale de l'armée syrienne contre les FDS, contrôlées par des milices kurdes, dans l'est de la Syrie.
Barrack a rencontré des représentants kurdes à Erbil, dans le nord de l'Irak. Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères syrien, Qutaiba Idlabi, cela montre que "la position des États-Unis est en harmonie avec celle de la Syrie". À l'issue de cette rencontre à Damas, Al Sharaa a insisté sur la nécessité de restaurer "l'unité de la Syrie et la souveraineté sur tout le territoire".
Il a également annoncé l'entrée de l'armée syrienne dans les trois provinces contrôlées par les Kurdes : Raqqa, Hasakah et Deir Ezzor. Un accord a été conclu, prévoyant un cessez-le-feu et l'intégration des alliés des FDS dans l'armée syrienne.
Les forces loyales au gouvernement central ont poursuivi leur avancée, traversant le fleuve Euphrate malgré la destruction des ponts par les Kurdes. Elles ont pris le contrôle des villes de Raqqa et Deir Ezzor, ainsi que de la ville stratégique de Tabqa, y compris son aéroport.
Les Kurdes, de leur côté, ont déclaré une mobilisation générale dans ce qu'ils appellent Rojava, imposant un couvre-feu. Ils se disent confrontés à "une guerre de survie", soulignant l'importance de résister pour éviter injustices et humiliations.
L'offensive des forces armées syriennes laisse incertaine la situation de milliers de combattants de l'État Islamique (IS) retenus dans les prisons des FDS. L'accord signé à Damas stipule que ces prisons seront désormais sous la surveillance des forces de sécurité syriennes, qui s'engagent à "continuer à combattre l'IS en coordination" avec les États-Unis.
Une agence irakienne a rapporté que des troupes américaines prendraient le contrôle de la supervision de ces centres. Depuis la défaite de l'IS en 2019, les FDS détenaient environ 10 000 prisonniers de cette organisation.
Les autorités kurdes ont averti qu'elles ne pouvaient assurer qu'une surveillance précaire des prisons en raison d'un manque de ressources, aggravé par la coupure de fonds par l'administration Trump. Les camps d'Al Hol et Roj abritent plus de 27 000 familles de membres de l'IS, et les enfants nés dans ces camps sont éduqués dans l'idéologie extrémiste.
Les FDS ont alerté sur le "danger imminent" pour la prison de Raqqa, indiquant que la situation de sécurité pourrait devenir instable, ce qui pourrait permettre la fuite de prisonniers et "réactiver l'organisation terroriste".
La position des États-Unis dans ce conflit a été déterminante. Ils étaient au courant des plans d'Al Sharaa et de la mobilisation de milliers de combattants vers l'est. Washington et les FDS étaient des alliés étroits dans la lutte contre l'État Islamique, mais l'administration Trump semble s'être rapprochée d'Al Sharaa, malgré son passé extrémiste.
Le politologue Gamal Mansour a noté que ce changement de posture reflète une perte de "poids" des milices kurdes pour les intérêts américains. Toutefois, l'expert kurde Kamaran Palani a averti que, bien que "affaiblis", les combattants kurdes disposent encore de la capacité de déstabiliser la région.
La situation en Syrie reste complexe et volatile. Les récentes évolutions montrent un changement dans les alliances et les stratégies militaires. Les implications de ces changements pourraient avoir des conséquences durables pour la région et au-delà. La dynamique entre les forces syriennes, les Kurdes et les États-Unis continuera d'évoluer dans les mois à venir.