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Prix des carburants : l’État refuse de baisser les taxes sur l’essence

Pompe à essence affichant le prix des carburants sur un panneau, station-service en arrière-plan

La douloureuse à la pompe et la tentation d’une baisse fiscale

Les automobilistes français continuent de sentir la douloureuse à la pompe : le gazole dépasse encore les 2 euros le litre et les portefeuilles s’en ressentent. La tentation est simple — que l’État baisse les taxes — mais la réalité budgétaire et technique rend cette option beaucoup plus compliquée qu’elle n’en a l’air.

Ce que couvre réellement le prix au litre

Le prix payé au litre n’est pas que du carburant. En moyenne, 30 à 45 % du prix couvre le pétrole brut et le raffinage, 10 à 15 % servent à la distribution, la marge des distributeurs ne représente que 2 à 3 % du prix final (soit environ 2 à 6 centimes par litre). Les taxes constituent la part la plus importante du prix. Les taxes représentent entre 50 et 60 % du prix final des carburants.

La TVA réduite coûterait des milliards et suscite des réactions

L’idée de baisser la TVA — la faire passer de 20 % à 5,5 % — a été avancée par certains députés. Mais une réduction généralisée coûterait cher : une estimation du ministère de l’Économie, datée de juin 2024, chiffre l’addition à environ 17 milliards d’euros. Une baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % coûterait environ 17 milliards d'euros, selon une estimation de juin 2024.

Pour certains responsables politiques, c’est inconcevable. Serge Papin, alors ministre des PME et du Commerce, a opposé la question crue : "C’est 17 milliards d’euros, donc vous croyez que le contribuable veut payer 17 milliards supplémentaires ?" L’expert en énergie Philippe Charlez renchérit : une telle perte de recettes se traduirait par plus de dette ou par des hausses d’impôts ailleurs.

Blocage des prix, CEE et la position du gouvernement

D’autres solutions radicales ont été proposées, comme le blocage des prix porté par Jean‑Luc Mélenchon et La France insoumise. Là encore, les économistes sonnent l’alerte : si le prix de vente est gelé alors que les coûts d’achat augmentent, les distributeurs risquent de ne plus s’approvisionner pour éviter les ventes à perte, entraînant pénuries et désordres logistiques.

Reste un levier moins spectaculaire mais potentiellement réalisable : réduire temporairement la contribution liée aux certificats d’économies d’énergie (CEE). Ces prélèvements pèsent environ 14 centimes par litre et ont augmenté de 6 centimes en début d’année. Selon Philippe Charlez, leur suspension offrirait une économie immédiate d’environ 17 centimes TTC par litre — un geste utile mais loin d’être une panacée face à une hausse de l’ordre de 60 centimes sur le diesel.

Le gouvernement, cependant, écarte pour l’instant la piste d’une baisse fiscale généralisée. Le 19 mars, Maud Brégeon, porte‑parole du gouvernement et ministre chargée de l’Énergie, a déclaré que "le scénario d’une baisse des taxes n’est pas envisagé à l’heure où on se parle". Entre contraintes budgétaires, risques d’effets pervers et marges techniques limitées, l’État cherche donc des ajustements ciblés plutôt qu’un coup d’éclat fiscal.

Publié le : 3 avril 2026
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