
Au cœur du commerce énergétique mondial, le passage par le détroit d'Ormuz est redevenu un facteur de risque majeur, et une menace verbale a suffi pour provoquer une onde de choc sur les marchés. Un responsable iranien a annoncé qu'il pourrait « mettre le feu » à quiconque tenterait de traverser, et les réactions des investisseurs ont été immédiates et violentes.
Sur le front des prix, la secousse a été nette : le prix du gaz britannique a bondi de plus de 46 %, dépassant les 165 pence par thermie, tandis que le Brent a pris plus de 5 %, franchissant les 81 $ le baril et atteignant par endroits 85 $ — un niveau inédit depuis juillet 2024. En conséquence, les indices boursiers ont décroché, le FTSE 100 perdant 2,6 %, le DAX allemand 3,7 % et le CAC‑40 français 3 %.
De plus, l'aversion pour le risque a poussé les rendements obligataires et le dollar à la hausse, signes classiques d'un mouvement vers les valeurs refuges alors que l'incertitude s'installe.
Depuis plusieurs attaques récentes contre des navires, le passage par le détroit s'est largement interrompu : les transporteurs refusent de prendre le risque et les assureurs n'acceptent plus de couvrir ces voyages, ce qui équivaut, de fait, à une paralysie du trafic. Ainsi, la logistique mondiale est immédiatement perturbée, avec des répercussions en chaîne sur les prix et les délais.
La réalité du blocage a été synthétisée par Sanne Manders, présidente de la plate‑forme logistique Flexport, qui a résumé la situation en ces termes : « Le détroit d'Ormuz est effectivement fermé ». Peu après, un conseiller du commandant en chef du Corps des Gardiens de la Révolution islamique a averti à la télévision d'État : « Ils ne doivent pas venir dans cette région. Ils recevront certainement une réponse sérieuse de notre part. »
La flambée des tarifs de fret illustre l'ampleur du choc : la location d'un supertanker pour transporter du pétrole du Golfe vers la Chine a dépassé 400 000 $ par jour, soit près du double de la semaine précédente. Une telle hausse frappe immédiatement la facture du transport et, dans la foulée, menace d'alourdir les prix à la pompe et les coûts alimentaires.
De fait, si ces surcoûts se prolongent, ils risquent d'alimenter une inflation renouvelée et de contraindre les banques centrales à renoncer aux baisses de taux prévues, modifiant ainsi l'orientation des politiques monétaires.
Pour les ménages britanniques, l'impact ne sera pas instantané : un plafonnement des tarifs protège encore les foyers jusqu'en juillet. Néanmoins, pour les entreprises et les marchés, l'effet est déjà tangible, car les ruptures d'approvisionnement antérieures — notamment après l'invasion de l'Ukraine en 2022 — ont montré combien les prix peuvent monter et peser sur l'économie mondiale.
Le prix du gaz n'en est pas à son premier tour de montagnes russes : il était autour de 39 pence en fin d'année, avait grimpé à 217 pence fin août 2022 après l'invasion russe, puis était retombé avant de repartir à la hausse début mars 2026 vers 161–165 pence, après les frappes américaines en Iran. Ces oscillations rappellent que les chocs géopolitiques se transmettent rapidement aux marchés de l'énergie.
La situation est d'autant plus préoccupante que, selon les chiffres communs, environ 20 % du pétrole et du gaz mondial transitent par le détroit d'Ormuz. Dès lors, toute incertitude durable sur ce passage se traduit par une volatilité prolongée et des coûts accrus pour les entreprises, les consommateurs et les décideurs économiques.
En résumé, la menace iranienne combinée à une série d'attaques maritimes compose une équation dangereuse : si le passage reste incertain, la volatilité des marchés et la hausse des coûts pourraient perdurer, avec des conséquences directes sur la facture énergétique, l'inflation et les choix des banques centrales. À court terme, les acteurs du commerce maritime et les institutions financières devront naviguer dans un paysage instable, tandis que les consommateurs surveilleront l'impact sur leurs portefeuilles.