
Un bruit sourd résonne dans l’imposante structure du Syvedac, l’usine de valorisation et d’élimination des déchets de l’agglomération caennaise, à Colombelles (Calvados). Ce 19 février, au milieu de journée, une nouvelle bonbonne de protoxyde d’azote vient d’exploser dans un des fours. « Cela a causé l’arrachement d’une rive du four. Côté gauche cette fois, après un arrachement du côté droit dimanche dernier », déplore Amandine Cognard, chargée d’études et travaux au Syvedac.
Le site est une victime collatérale de la consommation détournée de ce produit comme gaz hilarant. « Le phénomène est en hausse depuis cinq ans et s’accélère depuis 2024, reprend Amandine Cognard. Les gens jettent ces bonbonnes, très souvent importées de l’étranger, dans la première poubelle venue, or il n’existe pas de filière de retraitement. Il faut les jeter en déchetterie. »
Des centaines de ces contenants arrivent ainsi dans les 70 camions quotidiens qui emplissent l’immense fosse de déchets. Beaucoup renferment encore du protoxyde. Sous l’effet de la chaleur, ils peuvent exploser. En 2024, on a enregistré 285 déflagrations, 388 en 2025 « et la tendance est déjà à la hausse en 2026 », alerte la responsable.
Ces explosions font courir un risque au personnel et mènent la vie dure au matériel. Le 15 février dernier, l’intervention a duré une demi-journée pour colmater la brèche créée dans le four par l’explosion. Plus fâcheux encore, « nous allons devoir avancer d’un mois l’arrêt technique de la ligne puisque les « pansements » sont provisoires, dit Amandine Cognard.
Or le Syvedac fournit de l’énergie au réseau de chaleur de l’agglomération caennaise. En programmant l’arrêt en mars, ils seront privés de cette source de chaleur et vont devoir chauffer au gaz, avec une hausse des coûts pour eux et une baisse de recettes pour nous. Sur ce site au fonctionnement continu, des réparations peuvent aussi conduire à dérouter des déchets ailleurs, avec, là encore, un manque à gagner.
Ainsi, la maintenance engendrée par l’incident du mois de février a coûté 20 000 €, entre les réparations pures et dures et les conséquences économiques induites. L’exploitant du site estime que le protoxyde d’azote engendre un surcoût de 10 % de son budget, soit 100 000 €.
La chargée d’études de prévenir : « Cela pourrait être répercuté sur les contributions demandées aux 292 communes adhérentes et, dans un second temps, sur les taxes d’ordures ménagères ». D’autant que l’usure accélérée des lignes de traitement risque aussi de précipiter leur remplacement, qui pourrait lui-même être renchéri par le recours à des matériaux plus robustes pour faire face aux explosions !
Alors que d’autres usines semblables font état des mêmes problématiques, le Syvedac a alerté les maires pour faire de la prévention, notamment au plus près des lieux de consommation potentiels. Reste que la perspective de voir de jeunes consommateurs se déplacer en déchetterie pour « valoriser » correctement leur bonbonne est mince.
Le préfet a aussi été avisé. Pour l’ensemble de l’œuvre de ce produit, également dangereux pour la santé, la préfecture a interdit jusqu’au 30 juin prochain la détention, le transport et la consommation du gaz à des fins récréatives. Interdiction également, « de jeter ou abandonner tout récipient ayant contenu du gaz ». Pour tenter d’enrayer la série d’explosions dans l’usine de Colombelles.
La situation au Syvedac souligne l’urgence d’une réaction collective face à la problématique des déchets de protoxyde d’azote. Les mesures de prévention et les interdictions doivent être renforcées pour protéger le personnel et garantir la sécurité des installations. La sensibilisation des consommateurs est également essentielle pour éviter de futures explosions.