
Alors que le monde s'approche d'un ordre pré-Seconde Guerre mondiale, les pays intermédiaires font face à un nouveau défi grave. En janvier 2002, lors d'une conférence à l'École de journalisme de l'Université de Columbia, j'ai partagé mes réflexions sur l'impact des États-Unis. Les événements tragiques du 11 septembre avaient laissé une empreinte indélébile sur New York et ses habitants.
Lors de ma présentation, j'ai évoqué ce que les États-Unis représentaient pour moi. "Je suis né 15 ans après la Seconde Guerre mondiale", ai-je déclaré, "dans un monde façonné par l'Amérique." La paix et la prospérité croissante de l'Europe occidentale étaient en grande partie le résultat d'une réussite américaine.
J'ai également parlé de l'effet transformateur du Plan Marshall, qui a permis à l'Europe de reconstruire ses économies dévastées et de rétablir les institutions démocratiques. Ces actions ont été essentielles pour établir un système international basé sur des règles.
Un étudiant pakistanais, arrivé à New York quelques jours avant le 11 septembre, a comparé les États-Unis à Rome impériale. Il a exprimé que vivre à l'intérieur des murs de cette citadelle impériale offrait une perspective différente de la puissance américaine. Pour lui, cette puissance pouvait être perçue comme bienveillante, mais pour ceux vivant aux marges, c'était une réalité bien plus inquiétante.
Ses mots m'ont amené à réfléchir sur l'ordre international et ses bénéfices, qui n'ont jamais été universellement partagés. Cette inégalité a été soulignée par le Premier ministre canadien, Mark Carney, lors de son discours à Davos.
Lors de sa récente visite à Davos, Donald Trump a exprimé son mépris pour certains alliés européens, affirmant qu'ils avaient profité des largesses américaines trop longtemps. Son attitude a suscité des réactions vives, notamment de la part de politiciens britanniques qui ont qualifié ses commentaires d'insultants.
Le document de la Stratégie de sécurité nationale de la Maison Blanche indique que Trump souhaite libérer les États-Unis des systèmes transnationaux. Cela met en lumière une stratégie qui privilégie la force, où les pays intermédiaires doivent redoubler d'efforts pour rester pertinents.
Les interventions des États-Unis en Amérique latine, souvent justifiées par la Doctrine Monroe, illustrent cette dynamique. Des coups d'État orchestrés, comme celui de 1953 en Iran, montrent comment les États-Unis ont utilisé leur pouvoir pour façonner la politique des pays voisins.
Cette doctrine, initialement conçue pour protéger les États d'Amérique latine, est devenue un moyen d'imposer la volonté américaine. Les interventions militaires, comme celles en Grenade ou au Panama, témoignent de cette volonté d'exercer un contrôle sur les nations plus faibles.
La stratégie "America First" de Trump est populaire parmi ses partisans, mais elle pose un défi majeur aux pays intermédiaires. Alors que la confiance dans les institutions démocratiques s'effrite, il est impératif de se rappeler que la démocratie et l'État de droit nécessitent une défense constante. Face à ces défis, les pays intermédiaires doivent s'unir pour naviguer dans un monde où l'ordre basé sur des règles est de plus en plus contesté.