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Au Québec, le « syndrome du ruban » abîme les routes

Route du Québec fissurée et déformée par le « syndrome du ruban », avec nids-de-poule et rubans d’asphalte soulevés

Printemps révélateur : nids-de-poule et syndrome du ruban

Chaque printemps, les nids-de-poule refont surface — symptôme bruyant d’un problème silencieux et plus vaste. Fin janvier, l’Ordre des ingénieurs du Québec a tiré la sonnette d’alarme : « Le Québec se trouve à un moment critique. Il faut en finir avec le syndrome du ruban. » Autrement dit, le Québec a trop construit — trop bitumé — et pas assez entretenu.

Comparaisons et chiffres alarmants

Le Québec possède 2,5 fois plus de kilomètres de voies asphaltées par habitant que l'Ontario.
Le déficit de maintien des actifs atteint 45 milliards de dollars.

Ces chiffres ramènent à une évidence dérangeante : depuis les années 1960, la province a ajouté des routes et des autoroutes au point d’alourdir une facture d’entretien devenue insoutenable. Sophie Larivière-Mantha, présidente de l’OIQ, résume la logique derrière l’expression « syndrome du ruban » : « On a fait le choix de continuer à construire et de ne pas entretenir à la hauteur de ce qu’on construit. » Résultat : des dizaines de milliers de kilomètres de chaussée à maintenir, dont environ 30 000 kilomètres d’autoroute.

La facture publique et les projections économiques

La facture est rapidement devenue astronomique. Selon le dernier budget du gouvernement Legault, il faudrait investir 45 milliards de dollars pour réhabiliter les infrastructures dégradées; plus de 56 % de cette somme concerne le réseau routier.

Le vérificateur général et les chercheurs du CIRANO préviennent que ces estimations sont prudentes : le volet municipal, qui représente 60 % des infrastructures, est mal chiffré. À l’échelle de l’économie, le déficit de maintien atteint aujourd’hui 15 % du PIB et — au rythme actuel — pourrait grimper à 33 % du PIB dans moins de 25 ans.

Causes techniques, recommandations et choix politiques

Les nids-de-poule ne sont pas une fatalité technique mais l’aboutissement logique d’un mauvais timing d’investissement. Alan Carter, professeur en génie de la construction à l’ÉTS, explique que les nids-de-poule « sont la dernière étape de la dégradation des chaussées ».

Quand on attend trop longtemps, la seule option devient la reconstruction complète, beaucoup plus coûteuse que l’entretien préventif. Carter rappelle aussi que la qualité des matériaux et la conception ne sont pas les coupables principaux : « Les routes du Québec sont globalement bien construites », dit-il; le vrai problème, ce sont les choix politiques dans les investissements.

Que faire ? Les spécialistes proposent deux réorientations claires : arrêter d’étendre automatiquement le réseau et privilégier l’entretien régulier plutôt que de recouvrir systématiquement tout de bitume neuf. Réévaluer la pertinence de nouvelles infrastructures et planifier l’entretien quand la chaussée est encore en bon état font partie des solutions les plus efficaces et les moins coûteuses à long terme.

Le message est simple et brutal : le temps des grandes extensions routières est peut-être révolu; la priorité doit être donnée à ce que l’on possède déjà. Décider de l’inverse, c’est accepter des factures et des nids-de-poule de plus en plus lourds pour les prochaines générations.

En bref

Entité Rapport relatif (km de voie asphaltée par habitant) Remarque
Québec ≈ 2,5 × Ontario Article : le Québec aurait coulé beaucoup plus d'asphalte depuis les années 1960.
Ontario 1 × (référence) Base de comparaison citée dans l'article.
États de la Nouvelle-Angleterre Inférieur au Québec (valeur non précisée) Article indique que le Québec a "beaucoup plus" de voies par habitant que ces États.
Publié le : 7 avril 2026
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