
Sortant d'une réunion avec les patrons du pétrole et du gaz, Rachel Reeves a réaffirmé sa promesse de supprimer l’« energy profits levy », la taxe sur les bénéfices exceptionnels de l’énergie. Cependant, elle a averti que la guerre au Proche‑Orient avait changé les règles du jeu en faisant grimper les prix du pétrole et du gaz après les menaces iraniennes sur une voie maritime cruciale.
La chancelière a reçu à Downing Street des dirigeants de grandes compagnies et des représentants du secteur pour évoquer la flambée des cours. Parmi eux figuraient notamment BP et TotalEnergies, ainsi que des acteurs comme Serica, Adura et Offshore Energies UK, venus discuter des conséquences immédiates sur les marchés.
Un porte‑parole du gouvernement a résumé la position officielle en des termes clairs : « The Chancellor was clear with industry that she wants the energy profits levy to come to an end. She has made that promise and she stands by it. » Il a toutefois ajouté que la crise au Moyen‑Orient « a eu des conséquences en temps réel sur les prix du pétrole et du gaz et il est juste que nous y répondions », soulignant la nécessité d’adapter la réponse à une situation changeante.
Elle a insisté sur l’existence d’un mécanisme d’investissement en sécurité énergétique censé être déclenché en 2027, lequel devrait à terme remplacer la taxe et offrir une fenêtre de prévisibilité pour les entreprises. Ainsi, la volonté de donner des certitudes aux investisseurs reste affichée, même si les événements géopolitiques rendent désormais toute décision plus incertaine.
En Écosse, la demande de levée rapide de la taxe s’est fait entendre très fort. Pour John Swinney, premier ministre d’Écosse, la taxe freine l’investissement en mer du Nord et pèse sur l’emploi, et sa suppression doit intervenir immédiatement pour relancer l’activité.
Sa collègue, Shona Robison, ministre des Finances d’Holyrood, avait espéré que la déclaration de printemps serait l’occasion d’une annonce ; à défaut, elle attendait que la réunion de mercredi serve « à annoncer la fin de cette taxe sur l’énergie de l’Écosse ». De fait, les élus écossais ont mis la chancelière sous forte pression pour obtenir des décisions rapides.
D’autres intervenants ont rappelé que la hausse des prix pèse d’abord sur les foyers. Simon Francis, coordinateur de la coalition End Fuel Poverty, a souligné que lorsque les tensions géopolitiques font monter les cours, « les entreprises énergétiques et leurs actionnaires en profitent pendant que les foyers font face à une nouvelle vague de factures plus élevées ».
Il a ajouté que les compagnies ont engrangé « des dizaines de milliards » de profits ces dernières années, même avec la taxe en place, et que les recettes devraient être utilisées pour alléger les factures des ménages et financer le logement ainsi que la transition vers des énergies propres.
Le ministre de l’Énergie a rejeté l’idée de lever l’interdiction des nouveaux permis d’exploration en mer du Nord. Sur X, Ed Miliband a expliqué qu’il échangeait avec des homologues internationaux — notamment les ministres de l’Énergie du Qatar et de l’Arabie saoudite — ainsi qu’avec l’Agence internationale de l’énergie et des acteurs du secteur.
Selon lui, la voie vers la sécurité et la souveraineté énergétiques du Royaume‑Uni passe par la sortie de la dépendance aux marchés fossiles, dont les prix échappent au contrôle national, et par un effort accru pour produire une énergie propre et locale ; de nouveaux permis, a‑t‑il ajouté, « n’enlèveront pas un penny aux factures » tant que pétrole et gaz restent des commodités vendues sur les marchés mondiaux.
Un autre angle de pression est venu d’Aberdeen, où la communauté économique locale demande des mesures favorables à l’investissement. Pour Russell Borthwick, directeur général de l’Aberdeen & Grampian Chamber of Commerce, la crise internationale « renforce, pas n’affaiblit, le cas en faveur d’un changement sur la taxe » : adapter les conditions fiscales et réglementaires pourrait débloquer des milliards et soutenir emplois, chaînes d’approvisionnement et sécurité énergétique.
La réunion a donc mis en lumière deux réalités simultanées : d’un côté la volonté affichée de la chancelière de tenir sa promesse de supprimer la taxe, de l’autre la prudence dictée par une conjoncture internationale devenue plus volatile. Entre appels à une suppression immédiate pour protéger l’emploi et avertissements sur la nécessité de ressources pour aider les ménages, la décision reste profondément politique et dépendra du calibrage entre impératifs économiques et sociaux.
En fin de compte, la promesse de supprimer l’« energy profits levy » est maintenue, mais son exécution dépendra de l’évolution des marchés et des choix politiques à venir — une équation où tous les acteurs, du gouvernement aux collectivités locales en passant par les organisations de défense des ménages, cherchent à peser.