
Elle a choisi le sprint final : en pleine campagne municipale pour Paris, Rachida Dati a annoncé mercredi soir qu’elle quittait le gouvernement pour se consacrer entièrement à la conquête de la mairie, à moins de trois semaines du premier tour. Cette rupture nette avec l’exécutif marque une montée des enjeux personnels et politiques alors que la campagne entre dans sa phase décisive.
Dans un communiqué diffusé par ses équipes, la candidate a expliqué que "Paris est pour moi l'engagement d'une vie" et qu’elle disposait de l’énergie nécessaire pour transformer la ville. En parallèle, elle a confirmé sur BFMTV avoir remis sa démission au président Emmanuel Macron, acte qui formalise son retrait des responsabilités gouvernementales.
Âgée de 60 ans et ancienne ministre sous Nicolas Sarkozy, elle avait pour rappel résisté aux remaniements depuis janvier 2024, malgré des poursuites pour corruption auxquelles elle devra répondre devant un tribunal à l'automne. L'Élysée a salué "l'action utile" menée ces deux dernières années et lui a adressé ses encouragements, soulignant une transition institutionnelle sans heurts apparents.
La décision met fin à une polémique récurrente autour de sa double casquette : adversaires et alliés l’accusaient depuis des semaines de préparer sa campagne tout en restant au ministère. Ainsi, Emmanuel Grégoire a résumé la situation par un laconique "Enfin", tandis que sur X l'écologiste David Belliard s’est emporté contre ce qu’il appelle un bilan inexistant en matière de culture.
De son côté, la candidate de La France insoumise, Sophia Chikirou, a ironisé en espérant qu’elle accepte désormais les débats télévisés — une pique qui illustre combien cette démission attise les ambitions et les critiques sur la scène parisienne.
Selon un sondage Ifop publié dimanche, Rachida Dati est créditée de 30 % des voix au premier tour, en hausse de deux points, derrière la liste de la gauche unie conduite par Emmanuel Grégoire (32 %). Les études donnent néanmoins Dati gagnante au second tour dans quatre des cinq configurations testées, alimentant les appels répétés à un "vote utile" de la droite pour empêcher la gauche de l'emporter.
Sa feuille de route pour la capitale est volontariste : doubler les effectifs de la police municipale à 5 000 agents et les doter d’armes à feu, geler la production de logements sociaux par des préemptions pour concentrer les moyens sur la rénovation des HLM existants, et revenir à la semaine de quatre jours à l’école. Ces mesures traduisent une stratégie claire fondée sur la sécurité, la propreté et la rénovation urbaines.
Sur le terrain, elle multiplie les images fortes — posts sur les réseaux sociaux, rencontres de quartier, et même une apparition en manteau fluo aux côtés d’éboueurs — pour incarner ses priorités et capter l’attention des électeurs.
Dans son bilan au ministère, elle met en avant la préservation du patrimoine et l'accès à la culture en milieu rural, affirmant avoir "limité la casse" malgré une baisse des crédits de 173,4 millions d'euros sur un budget de 3,7 milliards (hors audiovisuel). Ces éléments servent à défendre son action face à l’opinion.
Néanmoins, ses détracteurs pointent des réductions affectant la création, le gel d'une part collective du pass Culture et des coupes qui menacent l’emploi dans le spectacle vivant, des critiques qui pèsent particulièrement dans les milieux artistiques et culturels.
Son mandat restera aussi marqué par les remous autour du musée : un vol de bijoux à portée internationale, des avaries répétées et une grève perlée du personnel débutée mi-décembre ont continué d’alimenter les critiques. Ces incidents ont cristallisé l’attention médiatique et servi de repoussoir pour ceux qui jugent sa gestion insuffisante.
Soutenue par Les Républicains et le MoDem, elle mise désormais tout sur la campagne parisienne. Le premier tour, fixé au 15 mars, s'annonce décisif pour la suite : il déterminera si sa stratégie de recentrage et ses propositions sécuritaires suffiront à renverser l’avantage de la gauche unie.
À moins de trois semaines du scrutin, son retrait du gouvernement ferme un chapitre pour mieux ouvrir celui de la bataille municipale. Alors que les rancœurs, les promesses et les calculs électoraux s'entremêlent, Paris attend la suite : des débats, des confrontations publiques et, in fine, un verdict populaire qui dira si cette candidature était la bonne.