
Dans un geste de dernière minute, mercredi 25 février 2026, Rachida Dati a annoncé qu’elle quittait le ministère de la Culture pour se consacrer à sa campagne en vue des élections municipales des 15 et 22 mars 2026 à Paris, une décision rendue publique au « dernier moment ». En résistant à la pression du Premier ministre, Sébastien Lecornu, elle a choisi un timing qui en dit autant sur la discipline politique que sur le calcul personnel.
Nommée ministre de la Culture le 11 janvier 2024, elle a dirigé le portefeuille pendant vingt‑cinq mois, reconduite sous quatre gouvernements successifs — un record de longévité sous la présidence d’Emmanuel Macron. Pourtant, cette durée importante n’a pas automatiquement traduit un temps fort d’emblée en réformes profondes.
En effet, son passage s’est surtout apparenté à une succession d’annonces et de discours ; les plans ont été baptisés et exposés, mais la traduction en actes concrets est restée mesurée. Ainsi, la liste des promesses et des intentions n’a guère toujours été suivie d’un changement structurel durable.
Dès la passation des pouvoirs rue de Valois, elle avait affiché une volonté claire : rendre la culture accessible à tous, partout. Le plan « Culture et ruralité » est rapidement devenu sa priorité, et pour le défendre elle a multiplié les déplacements dans de petites communes qui, parfois, n’avaient presque jamais reçu la visite d’un ministre de la Culture.
Ces voyages ont offert une image politique forte — la ministre sur le terrain, au contact des territoires — mais ils ont souvent eu un poids symbolique plus évident que des réformes structurelles durables, si bien que la présence sur le terrain n’a pas toujours débouché sur des changements institutionnels profonds.
Sa stratégie médiatique a été soigneusement choisie : elle a trié ses interlocuteurs et limité certaines rencontres, une méthode qui a façonné son image publique. Par exemple, elle a refusé toute rencontre avec le service Culture du Le Monde, un geste volontaire qui illustre ce calibrage volontaire de la communication.
Cette maîtrise a permis de sculpter une image contrôlée et cohérente, mais elle a aussi réduit la visibilité critique autour de certaines décisions et limité le débat public sur leur portée réelle.
En somme, le bilan de son passage au ministère de la Culture laisse une impression double : d’un côté, la mobilité et la visibilité — une ministre très présente et partie prenante de nombreux dispositifs symboliques ; de l’autre, une traduction limitée en transformations profondes et durables.
Pour ceux qui attendaient un mandat marqué par des réformes structurelles et des changements tangibles, la page Dati au ministère de la Culture interroge plus qu’elle n’éclaire, laissant en suspens la question de l’héritage effectif qu’elle laisse rue de Valois avant de se consacrer à la campagne parisienne.
Quoi qu’il en soit, son départ ouvre une nouvelle phase politique, et les semaines qui viennent diront si la stratégie de dernier instant se traduira en succès électoral ou en regrets ministériels.