
Le carré rouge s’éteint. Après des mois de tractations, Bouygues Telecom, Free–groupe iliad et Orange ont déposé une offre conjointe qui valorise les actifs visés d’Altice France à 20,35 milliards d’euros en valeur d’entreprise. Le propriétaire d’Altice a accepté d’ouvrir une période d’exclusivité jusqu’au 15 mai 2026, le temps de finaliser la documentation juridique — une revanche tacite après une proposition antérieure de 17 milliards rejetée en octobre 2025 par le milliardaire franco‑israélien.
La découpe est précise. Le périmètre retenu exclut ACS/Intelcia, XP Fibre, UltraEdge, Altice Technical Services et les activités ultramarines ; sur le reste, la répartition a été négociée au cordeau. Bouygues récupère l’intégralité du portefeuille B2B et le réseau mobile dans les zones peu denses, tandis que la clientèle grand public et les fréquences seront ventilées entre les trois acquéreurs selon des modalités techniques et commerciales encore à préciser.
Les trois acquéreurs proposent 20,35 milliards d’euros en valeur d’entreprise. Bouygues Telecom financera 42 % du rachat, Free–Groupe iliad 31 % et Orange 27 %.
Reste le nerf de la guerre : l’homologation réglementaire. L’opération est suspendue à la consultation des instances représentatives du personnel et surtout à l’avis de l’Autorité de la concurrence et de l’Arcep, voire de la Commission européenne sous la règle du guichet unique. Or, la perspective d’un retour durable à trois opérateurs ranime la crainte d’une remontée mécanique des tarifs, alors que la France compte aujourd’hui parmi les marchés les plus agressifs d’Europe.
Les signataires plaident pourtant pour l’effet inverse. Ils promettent une montée en puissance des investissements : fibre, cybersécurité, intelligence artificielle sont cités comme priorités pour justifier la consolidation. Pendant l’instruction du dossier, les abonnés SFR conserveront la continuité de leurs services. Pour mémoire, SFR revendiquait fin 2024 plus de 25 millions de clients et environ 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Ce n’est donc pas qu’un simple transfert d’actifs ; c’est une recomposition du paysage. Si l’accord va au bout, il changera durablement la concurrence, les investissements et les prix dans les télécoms français. La bataille suivante se jouera moins dans les salles de réunion que dans les bureaux des régulateurs, où l’argument de l’investissement public affrontera la méfiance envers une logique de concentration.