BUENODIA

Le « slop IA » inonde Internet

Écran d’ordinateur affichant une page web saturée de textes et images, illustrant le « slop IA » en ligne

Une image qui cristallise le phénomène

Imaginez un enfant de cinq ans, coiffé d’un uniforme de police, en train de coller un petit chat contre le mur tandis que l’animal se dresse sur ses pattes arrière : cette vision à la fois étrange et familière incarne l’archétype du « slop » produit par l’intelligence artificielle. Facile à obtenir, parfois surprenante, souvent bancale — elle dit tout de la promesse et des limites de cette « bouillie numérique » qui inonde nos écrans.

Ce que recouvre réellement le terme « slop »

Le mot « slop », que l’on propose parfois de traduire par « bouillie » ou « purée numérique », ne recouvre pas une seule réalité claire : il désigne le plus souvent des images et des vidéos immédiatement reconnaissables comme issues d’une IA, mais il englobe aussi des morceaux de musique, des textes produits à la chaîne — ces romans « écrits au kilomètre » — et même des vidéos si convaincantes qu’elles donnent l’illusion d’un tournage réel.

Cette extension du sens, tantôt utile, tantôt confuse, explique pourquoi le terme suscite autant de perplexité : large, flou et protéiforme, il sert à dénoncer une production massive tout en restant difficile à cerner avec précision.

Des origines modestes à une reconnaissance récente

Selon l’Oxford English Dictionary, le mot slop existe en anglais depuis le XVe siècle, et son parcours s’inscrit dans une histoire longue : initialement il renvoyait à la gadoue, puis à une nourriture liquide sans goût, donnée aux malades ou aux animaux.

Ce glissement sémantique vers une acception péjorative — un produit intellectuel de faible qualité — commence dès le XIXe siècle, et c’est précisément ce sens dépréciatif qui a été réactivé pour qualifier aujourd’hui des contenus massifs, souvent inauthentiques et fréquemment approximatifs.

Fait notable, le mot « slop » a été élu mot de l’année 2025 par l’éditeur américain Merriam‑Webster, preuve que la notion a gagné une visibilité publique accélérée.

Nommer pour rendre visible un nouveau problème

Pour le développeur britannique Simon Willison, il importait de désigner ce phénomène pour le rendre perceptible : en ce sens, donner un nom au slop relève d’une stratégie comparable à celle qui a accompagné l’émergence du terme « spam », lequel a permis de repérer puis de combattre le courrier indésirable.

Nommer, en somme, n’est pas anodin : c’est la première étape pour comprendre, puis établir des règles et des garde-fous face à une production qui peut saturer l’attention collective.

Pourquoi le slop prolifère si vite

Ce qui rend le slop omniprésent, c’est la simplicité de sa fabrication : quelques mots déposés dans une interface suffisent pour générer une scène, une mélodie ou une chronique. Ainsi, la barrière technique à l’entrée s’effondre, et la production se transforme en un flux continu, alternant résultats étonnants et absurdités grotesques.

De plus, cette facilité soulève des questions pratiques et culturelles majeures : qui vérifie ? qui filtre ? qui assume la responsabilité d’un torrent d’images, de sons et de textes qui ressemblent à tout sauf à une vérité claire et vérifiable ?

Un défi à la fois esthétique et politique

Dans ce contexte, distinguer l’art sincère de l’imitation bâclée devient un enjeu esthétique et politique : les slops ne sont pas de simples curiosités techniques, ils modifient la façon dont l’information circule et façonnent la manière dont le public apprend à se méfier — ou au contraire à se laisser tromper.

Néanmoins, malgré leur visibilité, les slops restent difficiles à classer : tantôt amusement, tantôt nuisance, tantôt outil commercial, ils obligent à repenser les critères de qualité, d’authenticité et de responsabilité éditoriale.

Que faire ensuite ?

La première étape est déjà accomplie : nommer ce qui nous submerge. Reste à décider des réponses concrètes — surveillance, éducation médiatique, éthique des plateformes — et à inventer des pratiques qui ménagent l’innovation tout en protégeant la confiance publique.

En fin de compte, le slop dit quelque chose de notre époque : nous disposons d’outils puissants qui rendent la production massive plus simple que jamais. Il appartient désormais à la société de décider ce qu’elle veut en faire.

Publié le : 25 février 2026
link