
Les trains sont pleins. Pour débloquer des places sur les axes saturés, la petite compagnie privée Le Train vient de signer deux accords‑cadres avec SNCF Réseau — un geste concret pour ajouter des rames et des sièges sur Bordeaux‑Paris et Rennes‑Paris.
Créée en 2020 en Charente et désormais basée à Bordeaux, Le Train s’était d’abord positionnée comme un opérateur régional à grande vitesse, non pour concurrencer frontalement la SNCF mais pour relier entre elles les grandes métropoles sans passer par Paris. L’ambition restait claire : des trajets comme Bordeaux‑Nantes ou Bordeaux‑Rennes. Progressivement, l’entreprise a voulu proposer une « offre complète » et s’est même portée candidate au service de TER de la Nouvelle‑Aquitaine — appels d’offres pour les axes Poitiers‑Angoulême, Angoulême‑Bordeaux, La Rochelle‑Bordeaux, Poitiers‑La Rochelle et Angoulême‑Saintes‑Royan dont les dossiers ont été déposés le 20 février ; la région doit trancher avant l’été.
La compagnie a commandé en 2024 dix rames Avril S106 au constructeur espagnol Talgo. Ces matériels sont en cours d’homologation pour circuler sur le réseau français. Le Train a signé deux accords‑cadres avec SNCF Réseau portant sur les lignes Bordeaux‑Paris et Rennes‑Paris. Ces accords attendent l’avis consultatif de l’ART et visent à permettre l’exploitation de services complémentaires sur des trains souvent complets.
Pour tenir son calendrier, Le Train mise aussi sur son propre centre de maintenance dans le Grand Ouest. N’ayant pas été retenue pour le centre privé de Marcheprime, la société a engagé un dossier distinct avec Talgo pour équiper et outiller son atelier.
« C’est un dossier qui est bien engagé à tous points de vue, » affirme Alain Getraud, cofondateur et directeur général. « Avec l’aide de nos partenaires, nous allons disposer, dans le Grand Ouest, de notre propre atelier. Un centre de maintenance qui est élaboré en coopération avec la société espagnole Talgo pour ce qui est des équipements et des outils qu’il proposera. » La livraison du site est programmée après environ deux ans de travaux.
Le calendrier reste serré : si tout se déroule comme prévu, Le Train pourrait lancer ses premiers trains entre la fin 2028 et le début 2029. Dans ce cas, la France compterait deux nouveaux opérateurs privés sur les grandes lignes — Le Train et Velvet — une première en Europe. Le défi est double : obtenir l’homologation des rames, sécuriser le créneaux sur des axes déjà tendus, puis convaincre des voyageurs d’abandonner des habitudes bien ancrées.
La stratégie de Le Train est simple et risquée : combler des trains pleins en apportant du matériel et un atelier dédiés, tout en jouant la carte du service régional intégré. Reste à voir si le réseau, les régulateurs et les voyageurs suivront.