BUENODIA

9 travailleuses domestiques sur 10 sans sécurité sociale

Travailleuse domestique en tablier nettoyant un salon, balai en main, sans sécurité sociale visible
Travail domestique au Mexique

Quand le domicile devient un lieu de travail précaire

À la maison, beaucoup trouvent un refuge. Pour 2,5 millions de personnes au Mexique, le domicile est aussi un lieu de travail précaire et dangereux.

Au Mexique, 2,5 millions de personnes travaillent dans le travail domestique rémunéré. Près de neuf employées du foyer sur dix sont des femmes.

Protection sociale quasi inexistante : chiffres clés

Pourtant, la protection sociale est quasi inexistante. Selon le Centre national pour la formation professionnelle des employées du foyer (CACEH), 98,8 % des employées du foyer n’ont pas de sécurité sociale et l’INEGI estime que 69,5 % ne reçoivent aucune prestation.

En 2024, les établissements privés de santé recensés par l’INEGI étaient au nombre de 17 390 ; 29,8 % de ces consultorios ont servi pour des consultations générales et d’urgence, le reste pour des spécialités. Les principales sorties d’hôpital cette année-là concernaient la prise en charge des grossesses (15,6 %), les maladies digestives (14,4 %) et les traumatismes, empoisonnements et conséquences diverses (9,7 %).

Inscription discriminatoire et coûts prohibitifs, selon le syndicat

María de la Luz Padua Orihuela, secrétaire générale du Sindicato Nacional de Trabajadores y Trabajadoras del Hogar (Sinactraho), dresse un constat net : les outils censés protéger les travailleuses fonctionnent mal. « Il n’y a pas de sanctions claires pour les employeurs qui ne respectent pas la loi.

De plus, la plateforme d’inscription reste discriminatoire : la sécurité sociale ne couvre que les jours déclarés ; si on m’enregistre un jour, je n’ai la couverture que ce jour-là, ce qui ne garantit pas le droit comme il devrait. » En pratique, on demande un revenu mensuel de 9 000 à 10 000 pesos pour obtenir une couverture complète — une barre hors de portée pour beaucoup.

Risques sanitaires concrets et pathologies chroniques

Les risques sanitaires sont concrets et répétés. Les accidents les plus fréquents sont des chutes dans les salles de bains et cuisines, des brûlures d’eau chaude et des intoxications liées aux produits chimiques ménagers.

À cela s’ajoutent des pathologies chroniques : « D’après les diagnostics que nous avons réalisés avec nos camarades affiliées, les risques majeurs sont des maladies comme l’arthrite, due à une vie professionnelle marquée par des changements de température », explique Padua Orihuela. Les violences non physiques laissent aussi des traces : humiliations, harcèlement, insultes et maltraitances verbales entraînent de graves atteintes à la santé mentale.

Licenciements injustifiés et accompagnement syndical

Sur le plan du travail, les abus ne s’arrêtent pas aux horaires. Le syndicat traite de nombreux cas de licenciements injustifiés, souvent motivés par d’accusations de vol — tactique récurrente en fin d’année pour éviter le paiement d’aguinaldos. Le Sinactraho compte environ 3 900 affiliés répartis dans des États comme Chiapas, l’État de Mexico et la Ville de Mexico, et accompagne des femmes dans leurs démarches juridiques et leur reconstruction de l’estime de soi.

Le tableau est clair : sans réforme réelle des mécanismes d’enregistrement et d’application des droits, la maison restera pour beaucoup un lieu d’exploitation où la protection sociale est une promesse non tenue.

Publié le : 31 mars 2026
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