
Le créateur de Rayman a décidé de prendre des mesures drastiques pour redresser la situation financière d'Ubisoft. Le 21 janvier, l'entreprise a annoncé des changements significatifs, tels que la réorganisation interne, l'annulation de six jeux, dont le très attendu remake de « Prince of Persia », et la fermeture de plusieurs studios. Les raisons de cette dégringolade sont multiples et remontent à plusieurs années.
Un expert du secteur du jeu vidéo souligne que la situation d'Ubisoft est comparable à un tournoi de poker. Chaque erreur, même petite, peut mener à une défaite. Parmi les problèmes rencontrés, mentionnons un virage manqué vers le jeu mobile et la difficulté à renouveler un catalogue vieillissant. L'entreprise, qui espérait un résultat opérationnel proche de l'équilibre pour 2025-2026, anticipe désormais une perte d'un milliard d'euros.
La pression des actionnaires s'intensifie alors qu'Ubisoft sort d'une période de grâce durant les années Covid. Selon Benjamin Devienne, PDG d'Onibi, cette réorganisation était attendue après l'entrée de Tencent dans le capital d'Ubisoft. L'objectif est de moderniser l'entreprise et de décentraliser les prises de décisions, car Ubisoft est l'une des entreprises les plus centralisées du secteur.
Avec environ 17 000 employés dans le monde, Ubisoft a déjà réduit ses effectifs de plus de 3 000 personnes ces dernières années. Des studios historiques, comme celui de Stockholm, vont fermer. Les studios restants adopteront un nouveau modèle d'opérations en se regroupant en cinq « maisons de créations », chacune spécialisée dans des genres de jeux porteurs.
La maison de création la plus prometteuse, Vantage Studios, a été créée en octobre. Elle regroupe des franchises emblématiques d'Ubisoft, telles que « Assassin’s Creed », « Rainbow Six » et « Far Cry », avec un objectif ambitieux de générer un milliard d'euros par an. Chaque maison aura une autonomie financière et sera structurée autour d'un genre créatif spécifique.
Yves Guillemot, PDG d'Ubisoft, a souligné que cette réorganisation représente un changement radical pour le groupe. Les équipes technologiques et les services de marketing seront mutualisés, tandis que le siège à Montreuil se concentrera sur les priorités stratégiques et l'allocation des fonds.
Malheureusement, cette restructuration s'accompagne de l'annulation de « quatre titres non annoncés » et d'un jeu mobile. De plus, sept autres jeux bénéficieront d'un temps de développement supplémentaire. Les joueurs expriment leur frustration face à cette situation, notamment en raison de la tendance d'Ubisoft à exploiter ses franchises les plus connues.
Les critiques se concentrent sur la mécanique de jeu répétitive de certaines séries, comme « Assassin’s Creed », qui a vu de nombreuses versions depuis 2007. La qualité de production n'est pas remise en question, mais l'annulation de titres très attendus suscite colère et déception parmi les fans.
Le climat social au sein d'Ubisoft est tendu. Des employés, comme Marc Rutschlé, délégué syndical, expriment leur mécontentement face à une réorganisation imposée sans consultation. Le retour au travail en présentiel à plein temps est mal reçu, ajoutant au stress des équipes déjà sous pression.
Des accusations de « complicité de harcèlement sexuel et moral systémique » pèsent également sur la direction. Des anciens dirigeants ont été condamnés pour des comportements inappropriés, marquant un tournant dans l'industrie du jeu vidéo, surtout après le mouvement #MeToo.
Ubisoft se trouve à un tournant décisif. Les dirigeants doivent agir rapidement pour redresser la situation. La cure d'austérité imposée doit porter ses fruits, et les prochains titres doivent séduire un large public. Après une perte de 51 % de sa valeur en 2025, l'entreprise doit également regagner la confiance des marchés financiers. Le chemin à parcourir est semé d'embûches, et chaque décision comptera pour l'avenir d'Ubisoft.