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Les utilisateurs réguliers d’IA sont souvent neurodivergents, dit une experte

Utilisateur régulier d’IA devant un ordinateur, interface de chatbot à l’écran, bureau éclairé en gros plan

L’IA et la neurodivergence

Qui sont les premiers utilisateurs de l’IA et pourquoi cela surprend

L’IA n’est pas qu’un gadget pour geeks : elle a déjà un public particulier. Mélodie Ardouin, experte en transformation du travail, note dans La Tribune que les "early adopters" de l’intelligence artificielle générative partagent souvent un trait inattendu : une surreprésentation de profils neurodivergents. Pour ces personnes, l’IA devient moins une curiosité qu’une boîte à outils cognitive.

Depuis l’explosion de ChatGPT fin 2022, l’usage de l’IA a explosé, mais sa pénétration reste inégale. Selon l’étude Global Neuroinclusion at Work d’EY (2025), les professionnels neurodivergents sont 55 % plus susceptibles d’utiliser quotidiennement l’IA que leurs collègues.

Comment l’IA sert d’assistant cognitif pour la neurodivergence

Pour qui vit avec un TDAH, un trouble du spectre autistique ou d’autres formes de neurodivergence, organiser des tâches, garder le fil d’un projet ou structurer une pensée peut demander un effort colossal. ChatGPT, Claude ou Gemini tiennent lieu de “assistant de pensée” : ils découpent un projet en étapes, structurent des idées brouillonnes et fournissent un cadre de travail adapté au rythme cognitif de l’utilisateur. Ardouin résume : "Ces early adopters ne sont pas des exceptions... ils partagent un point commun que peu d’organisations identifient : une surreprésentation de profils neurodivergents."

Des chiffres qui confirment des gains réels

Les chiffres vont au-delà de l’anecdotique. JPMorgan Chase a constaté une productivité supérieure de 90 à 140 % sur des tâches d’ingénierie complexe pour ses employés neurodivergents. Chez Enabled Intelligence, où la main-d’œuvre est à 50 % neurodivergente, la précision de détection atteint 97 %, contre 70 % pour la moyenne du secteur.

Microsoft et EY relèvent qu’environ 76 % des employés neurodivergents performent mieux grâce à l’IA, qui améliore leur communication, leur mémoire et leur concentration.

Adoption rapide, inclusion en retard

Pourtant, le tableau n’est pas idyllique. Selon la même enquête EY-Microsoft (2024), seuls 25 % des employés neurodivergents se sentent réellement inclus dans leur organisation, 91 % rencontrent des barrières dans la progression de carrière, et près de 40 % envisagent de quitter leur poste dans l’année. Autrement dit, les entreprises investissent dans des technologies d’augmentation cognitive tout en fragilisant souvent les talents qui en tirent le plus profit.

Ce que les entreprises doivent changer pour en tirer parti

Le vrai enjeu n’est donc pas technologique, mais organisationnel. Déployer des outils d’IA sans repenser les modes de management, l’architecture des tâches et l’accès à l’évolution professionnelle, c’est risquer de transformer des moteurs d’innovation en talents perdus. Les pionniers neurodivergents ont déjà remodelé certaines pratiques du travail : les entreprises doivent apprendre d’eux, pas seulement les utiliser. Si votre entreprise mise sur l’IA pour gagner en productivité, elle doit aussi se demander si elle sait apprendre des personnes qui, discrètement, ont déjà changé la façon de travailler.

Publié le : 31 mars 2026
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