
Les vacances d’été peuvent-elles tomber à l’eau ? La question n’est pas absurde. Alors que le blocus du détroit d’Hormuz perturbe les marchés pétroliers, plusieurs compagnies européennes annoncent déjà des annulations : Ryanair et Volotea ont commencé, Transavia a annoncé cette semaine des suppressions de vols en mai et juin en invoquant la flambée du prix du kérosène et des difficultés d’approvisionnement depuis le Golfe.
Le signal d’alerte est venu mi‑avril : le patron de l’Agence internationale de l’énergie a estimé que l’Europe disposait peut‑être de « six semaines » de kérosène. Le carburant d’aviation, dérivé du pétrole raffiné (Jet A‑1), devient rare parce que le blocage perturbe non seulement le brut mais aussi les produits raffinés exportés par les pays du Golfe.
L’Europe raffine de moins en moins et dépend de produits déjà transformés importés d’outre‑mer. « Le continent produit très peu de pétrole et a réduit sa capacité de raffinage ces dernières années », note Thierry Bros, spécialiste de l’énergie. En France, la production annuelle de kérosène est d’environ 3 millions de tonnes pour une consommation de 5 millions ; les deux millions manquants viennent principalement du Moyen‑Orient, explique Wouter Dewulf, professeur en économie des transports. Autre donnée frappante : le Royaume‑Uni importe 60 % de son kérosène depuis l’Arabie saoudite, les Émirats et le Koweït, ce qui le rend plus exposé que la France à un gel des exportations.
La France se dit toutefois mieux armée que certains voisins. Les aéroports parisiens disposent de pipelines reliés à des raffineries et à un terminal au Havre, alimentés majoritairement par des livraisons depuis l’Amérique du Nord, selon Christelle de Robillard d’Aéroports de Paris. Le gouvernement souligne aussi des réserves : le stock stratégique représente « environ deux millions de barils », a déclaré le ministre de l’Économie, et les stocks commerciaux dans les aéroports couvriraient une dizaine de jours d’exploitation.
« À l’heure actuelle, il n’y a pas de risque de pénurie de kérosène dans les semaines à venir », a répété la porte‑parole du gouvernement, Maud Brégeon. Citation nette et vérifiable : « La France produit environ 3 millions de tonnes de kérosène par an et en consomme 5 millions. » Et : « Le stock stratégique français représente environ deux millions de barils. »
Les autorités tablent pour l’instant sur un été épargné, grâce aux stocks et aux mesures d’urgence. L’Union européenne a présenté le 22 avril un plan visant à mieux surveiller les approvisionnements et « maximiser » la production dans les raffineries. Le gouvernement français doit rencontrer les compagnies le 6 mai pour caler les précautions pour la haute saison.
Reste une inconnue : la durée du conflit. « Si la situation dure, les mêmes questions pourront se poser en automne, autour d’octobre ou novembre », prévient Wouter Dewulf. D’ici là, les voyageurs doivent s’attendre à deux réalités concrètes : des hausses de prix des billets liées au coût du carburant, et des annulations ciblées — surtout chez les compagnies low cost et sur les petits aéroports — plutôt qu’une immobilisation généralisée de la flotte.