
Ameroch reviendra sur le billard en fin d’année pour se faire « poser une nouvelle plaque abdominale ». Ce sera la deuxième intervention en sept ans pour ce sexagénaire tatoué, qui continue de traîner les cicatrices d’une explosion au gaz qui a bouleversé sa vie.
Le 12 janvier 2019, une explosion rue de Trévise, dans le IXe arrondissement de Paris, a tué quatre personnes. Pour Ameroch, cet instant n’est pas un souvenir lointain : « Je voyais mes intestins et mon tube digestif coupé », mime-t-il, comme pour conjurer ce qu’il refuse de ressasser. L’image dit tout : il a été littéralement éventré par l’onde de choc.
Ameroch était agent de maintenance sur les hôtels Mercure et Ibis depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui, il tient sa Perrier, s’appuie sur des gestes appris au travail et mesure que sa vie a basculé. Ce n’est pas pour afficher des tablettes de chocolat qu’il réclame une plaque abdominale, mais parce que son corps le demande — et parce que le filet biodégradable posé lors d’une précédente opération doit être remplacé.
La « plaque » dont il parle est un implant destiné à renforcer la paroi musculaire. Conçue pour se résorber dans le temps, elle n’a pourtant pas mis fin aux ennuis : la fragilité de sa paroi abdominale l’oblige à repasser au bloc, et ces rappels chirurgicaux transforment le quotidien en succession d’attentes et de rendez-vous médicaux. Les douleurs, la fatigue et la précarité physique ont un prix que l’argent et la volonté n’effacent pas.
Ameroch n’est pas isolé dans ce parcours. Son histoire illustre la trace durable d’un accident collectif : au-delà des chiffres et des gros titres, il y a des corps réparés à moitié, des opérations à répéter, des vies qui ne retrouvent jamais pleinement leur ancien rythme.
Il le dit sans fioritures, avec une prudente colère. Les opérations ne sont pas des points finaux ; elles sont des étapes.
Il marche encore dans les trottoirs qu’il connaissait, proche des hôtels où il a travaillé plus de vingt ans, mais chaque pas lui rappelle que la reconstruction est lente. Pour lui, la prochaine opération n’est pas une simple formalité : c’est une promesse de soulagement partiel, et la continuation d’un combat intime contre ce que l’explosion lui a arraché.