
Le panneau « À vendre » est bien visible sur la façade de l’hôtel des voyageurs, situé au cœur de la commune de Haute-Saône. Plus loin, un local autrefois occupé par un fleuriste est désormais vide et à céder. Cette situation illustre le déclin de cet ancien bassin industriel, confronté à un exode massif depuis plusieurs décennies.
« Notre ville se meurt. Les gens ne trouvent plus de boulot et quittent la commune, » confie Ghislaine, une ancienne secrétaire rencontrée sur le trottoir. À ce rythme, Saint-Loup-sur-Semouse risque de devenir une ville fantôme. Les données de l’Insee, publiées le 18 décembre 2025, confirment cette chute démographique : la population est passée de 3221 à 2814 entre 2017 et 2023, soit une baisse de 12 %.
Saint-Loup-sur-Semouse se classe parmi les villes ayant perdu le plus d’habitants dans le département. En effet, en 1982, la commune comptait plus de 4 900 personnes, ce qui représente une perte de 59 % de sa population en quarante ans. Ce phénomène démographique est lié à des problèmes industriels, comme l’a souligné le maire, Thierry Bordot.
La ville abrite le groupe Parisot, fondé en 1936, spécialisé dans la fabrication de meubles en kit. À son apogée, cette entreprise employait jusqu’à 2000 personnes, mais aujourd’hui, le nombre de salariés a été divisé par quatre. La concurrence étrangère a gravement affecté cette filière du bois, autrefois florissante.
Malgré ce tableau sombre, certains entrepreneurs choisissent de mobiliser leurs compétences. Xavier Porteu de la Morandière et Anthony Bourgogne représentent une nouvelle génération qui parie sur la réindustrialisation par le haut de gamme. « Nous avons un patrimoine culturel autour du meuble qui est fort, » affirment-ils.
En 2019, ils ont fondé l’entreprise Brût, spécialisée dans la confection de meubles sur mesure. « Nous avons la matière première avec les forêts, le savoir-faire des artisans et une situation géographique favorable, » ajoutent-ils. Actuellement, la société emploie six personnes, en plus des deux patrons.
« On subit la crise, mais nous sommes toujours là, » déclare Anthony Bourgogne. Ils constatent que les territoires ont conservé leur richesse, avec une nouvelle dynamique entre petits artisans. « Il y a une main-d’œuvre désireuse de travailler, mais éloignée du marché du travail. » Ils croient fermement en leurs ressources et compétences.
Cette vision optimiste est également partagée par le maire Thierry Bordot. « Je ne pense pas que nous puissions réindustrialiser le pays d’un coup, mais les réponses viendront du local. » Il souligne l’envie de travailler des habitants, bien que le chemin vers un retour à 5000 habitants soit long.
À Saint-Loup-sur-Semouse, malgré les défis, il existe un bien-être et une qualité de vie appréciables. Le maire évoque la prévisibilité de ses trajets, contrastant avec les imprévus de Paris. Ainsi, la commune continue de lutter pour son avenir, portée par des entrepreneurs et des habitants déterminés.