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« Vous êtes trop cons » : Mélenchon attaque les journalistes

Jean-Luc Mélenchon s’exprime au micro devant des journalistes et caméras, lors d’un point presse.

Mélenchon assume la provocation comme méthode politique

La stratégie de Jean‑Luc Mélenchon, à quatorze mois de l’élection présidentielle, mise tout sur la confrontation et la provocation, sans chercher à atténuer les contours agressifs de son discours. Dans un long entretien accordé au Nouvel Observateur, quelques jours avant la mort de Quentin Deranque à Lyon, il confie que la provocation est voulue et renouvelle une formule qui le définit, selon lui, depuis 2010 : « Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas ». Ainsi, il présente son style comme une continuité assumée plutôt qu’une improvisation.

Un rapport conflictuel avec les médias

Pour Mélenchon, le paysage médiatique est saturé et l’attention ne vient que par le choc ; de ce constat découle une méthode volontairement abrasive. « Vous êtes trop cons. Les journalistes, vous ne me laissez pas le choix. Si je ne fais pas le buzz, vous ne vous intéressez pas à ce que je dis », lance‑t‑il aux équipes du magazine, confiant dans l’efficacité de la rupture.

Cette logique l’a conduit à organiser, le 24 février, une conférence de presse strictement réservée aux « médias numériques alternatifs », arguant : « Nous invitons qui nous voulons. » Mais ce tri des journalistes a suscité des protestations : Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières, estime qu’autoriser un responsable politique à choisir les journalistes présents « porte atteinte au droit à l’information des citoyens ».

Tensions ouvertes au sein de la gauche

La combativité de Mélenchon ne s’arrête pas à la presse : elle s’exerce aussi contre ses partenaires politiques. Il s’en prend aux socialistes en les traitant d’« invertébrés » et qualifie la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, de « cette venimeuse », des attaques qui ne relèvent pas du seul échange d’idées mais creusent des plaies au sein de la gauche.

Pour autant, ces sorties ne semblent pas être uniquement des provocations verbales : elles s’inscrivent dans une ambition stratégique plus vaste, puisque Mélenchon théorise l’invention d’un nouvel axe du pouvoir pour dépasser les divisions traditionnelles.

Le pari du « quatrième bloc » : jeunesse, quartiers populaires et abstention

Il imagine un « quatrième bloc » capable, selon lui, de renverser les équilibres : un agrégat composé de la jeunesse, des quartiers populaires et des abstentionnistes. Cette construction vise à contourner les clivages classiques et à créer une force politique nouvelle, fondée davantage sur des filiations sociales et générationnelles que sur des familles partisanes établies.

Dans l’hypothèse d’un second tour face au Rassemblement national, Mélenchon compte également sur des ralliements opportunistes d’électeurs qualifiés par lui de « petit‑bourgeois sans colonne vertébrale politique » : « Il votera insoumis si c’est à la mode dans Le Nouvel Observateur ou dans Libération trois jours avant l’élection », assène‑t‑il avec condescendance, traduisant une lecture à la fois méprisante et tactique des marges flottantes de l’électorat.

Des éléments chiffrés pour étayer la stratégie

Les résultats électoraux servent de justification à ce pari : Mélenchon mise sur des catégories où il observe déjà des assises. Lors de la présidentielle de 2022, l’abstention était la première option chez les moins de 34 ans (40 %), mais il avait obtenu 31 % chez les 18‑24 ans et 34 % chez les 25‑34 ans, chiffres sur lesquels il s’appuie pour croire à un potentiel mobilisable.

Ce ciblage s’est confirmé aux européennes de 2024 : la liste insoumise a recueilli 9,9 % au niveau national, mais 33 % chez les 18‑24 ans et 20 % chez les 25‑34 ans, dépassant même le Rassemblement national chez les plus jeunes. Ces écarts générationnels expliquent en partie pourquoi la stratégie repose autant sur la captation d’une jeunesse volatile.

Une méthode calibrée : écologie, revendications sociétales et réseaux sociaux

Pour capter ces électeurs, la méthode est désormais rodée : mélange d’écologie, de revendications sociétales et investissement massif sur les réseaux sociaux. En 2022, ce cocktail avait permis de toucher une jeunesse sensible aux enjeux climatiques et sociaux, et la mécanique s’est poursuivie en 2024.

Lors de la campagne européenne, Mélenchon a mis en avant la cause palestinienne et des figures comme Rima Hassan, reléguant sa propre tête de liste, Manon Aubry, au second plan pour mieux capter l’émotion du moment. Cette priorisation des enjeux symboliques et des visages médiatiques vise à fabriquer de l’attention plus qu’à consolider des relais structurels.

Critiques, responsabilités et enjeux pour la gauche

Accusé de radicaliser le débat public, de fragmenter la gauche et d’alimenter indirectement la montée de l’extrême droite, il rejette ces reproches en renvoyant la responsabilité à ses adversaires et en affirmant qu’il n’a « pas le choix ». Ce discours de double légitimation — coupable parce qu’efficace — sert à rationaliser une stratégie dont il défend la nécessité.

En dépit des critiques et des risques politiques invoqués par ses détracteurs, le leader insoumis ne donne aucun signe de recul : loin de freiner, il semble au contraire conforté dans son option de faire de la rupture et du scandale des instruments de campagne.

Une campagne qui s’annonce tendue

La trajectoire qu’il trace laisse présager une campagne charpentée autour de la confrontation et de la recherche de visibilité à tout prix. Ainsi, à quatorze mois du scrutin, le vieux routard de la politique française ne montre aucune intention de lever le pied, et la bataille de l’attention promet de rester au cœur de son projet.

Publié le : 26 février 2026
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