
PP et Vox parlent de plus en plus la même langue. Après les accords autonomiques en gestation en Estrémadure, Aragon et Castille-et-León, les deux partis commencent à se jauger aussi au Congrès, sans les éclats d'antan : échanges policés, peu d'invectives, et une même ambition affichée — bâtir des gouvernements de droite solides pour quatre ans.
« La droite n'est pas là pour rivaliser, elle est là pour construire une alternative réelle à Sánchez dans toute l'Espagne », a résumé la porte‑parole du PP, Ester Muñoz. Sa vis‑à‑vis de Vox, Pepa Millán, a confirmé que des pactes autonmiques verront le jour mais a refusé d'en faire une traduction automatique au travail parlementaire : « les dynamiques de la Chambre permettent différents types d'accords au jour le jour », a‑t‑elle nuancé. Les deux partis se sont malgré tout retrouvés sur plusieurs dossiers sensibles — sécurité, immigration, défense des chrétiens persécutés — montrant qu'une entente de fait est déjà possible.
La tentative la plus visible a été la proposition du PP d'élargir les cas applicables à la peine de prison permanente révisable — notamment lorsqu'on fait disparaître le cadavre de la victime ou en cas de récidive pour meurtre. La mesure, portée avec une mise en scène émotionnelle par Macarena Montesinos (PP) et l'évocation des parents de victimes, a recueilli 172 voix pour et 174 contre et n'a donc pas prospéré. UPN et Vox ont soutenu sans réserve ; Junts a voté non en défendant les principes du droit pénal ; le PSOE, Sumar et autres partenaires ont dénoncé un tableau exagéré de l'insécurité et un « populisme punitif », selon Jon Iñarritu (EH Bildu).
Parallèlement, le Congrès a vu affluer des initiatives au parfum de coalition. Le PP a lancé une proposition non de loi sur la défense des chrétiens persécutés — avec un accent particulier sur le Nigeria — qui a suscité rappels au principe universel de liberté religieuse de la part de députés de divers bords. Et sur l'immigration, les conservateurs ont cherché à bloquer une initiative citoyenne qui vise la régularisation de plus de 500 000 personnes présentes en Espagne depuis longtemps. Vox l'a non seulement soutenue mais durcie, exigeant l'effacement des références au Pacte européen sur la migration et l'asile et proposant des expulsions et des procédures de régularisation beaucoup plus sévères.
Le paysage parlementaire se redessine donc par paliers : accords régionaux prêts à être consolidés, gestes dans l'hémicycle qui tracent une feuille de route commune et résistances toujours présentes au sein même de la droite sur la portée exacte de cet entendement. Les électeurs de Castille‑et‑León, où Vox a plafonné autour de 19 %, ont manifestement accéléré ce réalignement. Les prochains rendez‑vous — dont la campagne andalouse — diront si cette harmonie naissante devient un pacte durable ou reste un arrangement tactique.