
Et si la nouvelle terre du single malt n’était ni l’Écosse ni la Bretagne, mais le Puy-de-Dôme? Dans un ancien bâtiment industriel de Brassac-les-Mines, Quentin Sicard, 35 ans, réalise son rêve. « Ce n’était pas intuitif de lier Auvergne et whisky. Quand on pense Puy-de-Dôme, on pense fromages, pas distillation… Mais on a ici des ressources uniques », explique l’ingénieur agronome et œnologue.
Cet Auvergnat, après avoir produit vins et spiritueux en France et à l’étranger, a décidé de revenir « au pays » avec une idée audacieuse. « J’avais envie de recréer une distillerie artisanale. De repartir de zéro, de la céréale au verre. De faire du vrai, pas du marketing », confie-t-il. Il mûrit son projet dès 2017 et ouvre en 2021.
Quatre ans plus tard, la Distillerie Volcanique dévoile quatre whiskys rares – Bosc, Aur, Clar, Roge – salués aux Sommets du terroir 2025. Ces whiskys ont déjà attiré l’attention des plus grands chefs. Ici, rien n’est laissé au hasard. Le whisky naît d’une orge française concassée puis brassée à la main, fermentée sous le contrôle d’un œnologue.
Le processus de distillation est lent, réalisé dans un alambic en cuivre conçu par un Meilleur Ouvrier de France, sans automatisme. Le cœur de chauffe, l’essence pure, vieillit 42 mois en fûts : d’abord 30 mois dans des barriques de cognac, puis une finition soigneusement choisie.
« Chaque cuvée raconte une parcelle d’Auvergne. On ne refera jamais ces quatre-là. 250 bouteilles chacune, et fin de l’histoire », sourit Sicard. Le secret numéro un de ces whiskys ? L’eau. Une eau volcanique, née de milliers d’années de filtration. « L’eau est l’ingrédient principal de tout alcool. Il faut une eau très peu minéralisée. Ici, on l’a au robinet. C’est une chance inouïe », insiste-t-il.
Au moment de la réduction, qui ramène le whisky de 65 % à 51,5 % vol, cette eau pure arrondit les arômes. Le résultat ? Des cuvées onctueuses, fruitées et ciselées par les scories volcaniques.
À la manœuvre, Quentin et sa femme, qui l’a rejoint dans l’aventure, consacrent 120 heures de travail par semaine. Ils attendent trois ans pour produire 1 000 bouteilles. « Économiquement, on est ric-rac. Mais produire peu et bien, c’est notre manière d’être honnêtes avec ceux qui boivent nos alcools », assume le fondateur.
Quant à l'avenir, « on ne fera jamais de quantités industrielles. Juste des séries limitées, des cuvées uniques. Quitte à n’en sortir qu’une centaine à 6 ans d’âge », précise-t-il. Il rêve aussi d’une filière orge d’Auvergne, en partenariat avec les agriculteurs.
Quentin souhaite également créer un label qui protège les producteurs français : « Aujourd’hui, la moitié du whisky français est fait en Albanie puis embouteillé en France. Il est temps de révéler la vérité au consommateur. » Actuellement, les bouteilles se vendent sur leur site Internet ou chez quelques cavistes triés sur le volet.
Les grandes tables ont déjà flairé la qualité : les chefs Marcon, le Collège Culinaire de France, et quelques restaurants parisiens sont convaincus. La Distillerie Volcanique est sur la bonne voie pour redéfinir le whisky français.