
En 2022, l’Andalousie a basculé comme jamais. Le Parti populaire de Juanma Moreno a décroché la majorité absolue, repeignant en bleu des territoires qui appartenaient au PSOE depuis des décennies. Le résultat n’a pas été qu’électoral : il a été sociologique, en remettant en cause des fidélités locales ancrées depuis la transition.
Juanma Moreno a obtenu 1 589 272 voix et 58 sièges en 2022. Il avait perdu en 2018 mais avait réussi, après ces élections, à constituer un gouvernement grâce à un accord historique avec Ciudadanos et au vote favorable de Vox. Ce second mandat, plus net, a transformé des bastions socialistes en sprint bleu.
La province de Séville est au cœur du renversement. Avec près de deux millions d’habitants, Séville conditionne toute ambition politique andalouse. C’est là que Moreno a grignoté des pôles de vote longtemps acquis au PSOE : Dos Hermanas, Utrera, Los Palacios, Carmona, Coria, Alcalá de Guadaíra ont basculé vers le PP lors du scrutin de 2022, même si beaucoup conservent des maires socialistes.
Dos Hermanas illustre le phénomène. Cette ville de 146 000 habitants, gouvernée par le PSOE depuis le retour de la démocratie, a donné 38 % de ses voix au PP contre 25 % au PSOE en 2022.
Ces basculements locaux, silencieux mais massifs, expliquent l’ampleur du succès du PP au niveau régional. Juanma Moreno multiplie les visites dans ces communes pour consolider sa nouvelle carte électorale ; il se rend ce jeudi à Alcalá de Guadaíra.
Pour le PSOE, la lecture est brutale mais claire : reconquérir ces anciens bastions est la condition sine qua non d’un retour au pouvoir. María Jesús Montero, désignée candidate, met en avant la nécessité de regagner la confiance dans ces villes pour empêcher une répétition de la majorité absolue du PP.
Les socialistes ont montré quelques signes de redressement lors des élections générales et municipales de 2023, mais ils abordent ce nouveau cycle depuis des niveaux historiquement bas en Andalousie. La faiblesse du leadership national complique la tâche.
Pedro Sánchez est rejeté par six Andalousiens sur dix et n’a remporté la province qu’à Séville en 2023, ce qui limite la capacité du PSOE à porter un narratif régional fort. Sans Séville, on ne peut rien espérer en politique andalouse — et c’est précisément là que la bataille se joue.
La vraie question n’est plus seulement qui gagne des mairies, mais si le PSOE parvient à reprendre ces territoires populaires qui ont, en 2022, décidé de changer de camp.