
Des pneus et des palettes empilés, des feux allumés devant les grilles dès potron‑minet : ce lundi 27 avril, des surveillants ont bloqué le centre pénitentiaire de Bordeaux‑Gradignan, comme dans plusieurs autres établissements français. Le mouvement, lancé par l’un des deux principaux syndicats du métier, l’Ufap‑Unsa, vise à alerter sur la « colère », l’« épuisement » et le sentiment « d’abandon » des agents face à la surpopulation et aux sous‑effectifs.
Au centre pénitentiaire de Bordeaux‑Gradignan, 1 200 détenus pour 633 places. Nous dépassons les 200 « triplettes » — des cellules de 9 m² partagées par trois personnes, le dernier arrivant dormant sur un matelas au sol. Ces chiffres, donnés par Ronan Roudaut, représentant local de l’Ufap‑Unsa, résument la crise matérielle et humaine à l’origine du mouvement.
Les surveillants sont près de 400 tous services confondus, soit 54 postes manquants par rapport à l’organigramme de référence. À cela s’ajoutent une soixantaine d’absences actuellement liées à des arrêts maladie, des agressions, des burn‑out. « On est à bout », dit Sandrine, vingt‑quatre ans d’ancienneté. À certains étages, un seul agent doit gérer la centaine de détenus d’un pallier — douches, promenades, activités —, souvent avec des pathologies psychiatriques lourdes.
La promiscuité extrême alimente tensions et violences, et la charge de travail explose : « On enchaîne les douze voire seize heures de service d’affilée », témoigne Sébastien Verez, syndicaliste et agent du pôle des extractions judiciaires (Prej). Là encore, les chiffres parlent d’eux‑mêmes : la Prej compte 19 agents, alors qu’il en faudrait 30 selon l’organigramme.
Les problèmes techniques et sécuritaires viennent aggraver la situation. Un dispositif anti‑drone installé il y a un peu plus d’un an sur le bâtiment A a enregistré près de 2 000 détections… sans aucune interception effective. Le nouveau centre pénitentiaire (NCP) souffre du même manque de performance, dit Ronan Roudaut. Les fouilles livrent des saisies « hallucinantes » : stupéfiants, téléphones et outillage susceptible de démonter des éléments de cellule, rapporte Kevin, surveillant chargé des inspections.
L’action pourrait durer. Outre le blocage des entrées et sorties — « hors urgences vitales », précise Roudaut — les parloirs pourraient être suspendus. Un autre agent, décidé à poursuivre le mouvement le mardi 28 avril, résume le ras‑le‑bol : « Tout part en vrille. » (Les personnes citées uniquement par leur prénom ont souhaité conserver l’anonymat.)
Résultat : la colère se transforme en demande claire aux pouvoirs publics. Les surveillants réclament des postes, des équipements qui fonctionnent et des conditions qui redonnent un sens à leur métier — et, surtout, qui préservent la dignité humaine au sein des murs.