Ambiguïtés autour de l’indépendance et de la langue
Charles Milliard accuse la CAQ de représenter le « Noui » sur la question de l’indépendance; mais le chef libéral entretient lui aussi une ambiguïté, cette fois sur la langue. Le français n’a jamais été un terrain facile pour les Libéraux et, avec leurs forces concentrées davantage dans le Grand Montréal, leur nationalisme s’est amenuisé. Pourtant, M. Milliard a placé le dossier sur la scène à une semaine du dévoilement de son plan, promettant quelque chose de « plus ambitieux » que la CAQ tout en assurant que les droits individuels seraient respectés.
Stratégie libérale: éviter la contrainte
Les Libéraux refusent d’emprunter la voie de la contrainte. Leur camp a déjà précisé qu’il ne miserait pas sur la coercition et pourrait différer ou abandonner des réformes caquistes — par exemple l’élargissement de la loi 101 à la formation professionnelle pour adultes et la limite imposée aux admissions en cégep anglophone pour les francophones et les allophones.
Leur stratégie mise sur les carottes : éducation, culture, francisation. Mais il y a une contradiction difficile à masquer : se distinguer par ce que l’on retire peut être défendable, mais difficile à qualifier d’« ambitieux ».
Ce que révèle le commissaire indépendant
Le commissaire indépendant à la langue française, Benoît Dubreuil, apporte un contrepoids factuel à ce débat politique. Le commissaire à la langue française est Benoît Dubreuil.
Un nouvel arrivant dispose de six mois pour être servi en anglais par l’État, avant que les communications deviennent exclusivement en français. Dans son bilan de la réforme de la loi 101, M. Dubreuil constate que ce délai de six mois est souvent non respecté — et que, si les Libéraux jugent ce délai trop court et y reviennent, l’effet concret pourrait être minime.
Pleading pour une « politique de deuxième génération »
M. Dubreuil ne se contente pas de pointer les failles : il plaide pour une « politique de deuxième génération ». La promotion du français ne peut pas reposer uniquement sur la contrainte; elle doit susciter le désir de parler la langue et favoriser son usage au travail.
C’est plus probable si les personnes ont fait leurs études supérieures en français ou maîtrisent le français presque aussi bien que l’anglais. La francisation, même dotée de budgets accrus, ne suffit pas ; elle doit être mieux arrimée aux politiques d’immigration et adaptée aux réalités des nouveaux arrivants qui commencent sans bases et travaillent de longues heures.
Écoles et rencontres: le vide à combler
Le rapport du commissaire signale aussi un fossé dans les écoles : trop peu de rencontres entre élèves d’origine immigrante et élèves de familles établies depuis des générations. Des professeurs passionnés tentent de combler ce vide, mais il manque des initiatives nationales et des mesures structurelles.
« La multiplication des initiatives de promotion ou de valorisation de faible envergure n’entraînera pas les changements structurels dont nous avons besoin », rappelle-t-il. Au final, on ne fera pas plus avec moins : additionner des mesures cohérentes est la seule manière d’inverser réellement le recul du français.
